Air France-KLM prié d'acheter Français

ÉCONOMIE ierre-Henri Gourgeon, le patron du groupe, a été convoqué par Pierre Lellouche...

Alexandre Sulzer

— 

Pierre-Henri Gourgeon, le directeur général d'Air France, s'exprime lors de la présentation des comptes annuels du groupe, le 19 mai 2011 à Paris.
Pierre-Henri Gourgeon, le directeur général d'Air France, s'exprime lors de la présentation des comptes annuels du groupe, le 19 mai 2011 à Paris. — AFP PHOTO/ERIC PIERMONT

Il devra sans doute revoir son plan de vol pour la super-commande d’une centaine d’avions long-courrier qu’il doit faire prochainement. Mercredi, le directeur général d’Air France-KLM, Pierre-Henri Gourgeon, a été convoqué par le secrétaire d’Etat au Commerce extérieur, Pierre Lellouche, après qu’une pétition signée par près de 160 députés (dont une vingtaine de l’opposition) a réclamé que la compagnie (détenue à 15% par l’Etat) privilégie Airbus et non Boeing.

Le sujet est sensible: ni l’entourage de Pierre Lellouche ni Air France n’ont souhaité commenter l’affaire. Pas plus qu’Airbus et Boeing. Le député (UMP) Bernard Carayon, qui a lancé la pétition, indiquait mercredi que la mobilisation semblait toutefois «porter ses fruits». A l’origine de la grogne: la flotte long-courrier d’Air France compte 67 Boeing pour 37 Airbus seulement. Pourtant, «les constructeurs font des offres équivalentes d’un point de vue technique et financier», estime Bernard Carayon. «Que des Européens achètent européen, ça n’a rien de choquant», insiste celui qui reconnaît que l’appel d’offres ne peut exclure d’emblée Boeing.

Protectionnisme?

«Il y a moyen d’orienter le choix en modifiant les critères de l’appel d’offres», complète la députée (PS) Odile Saugues, spécialiste de l’aéronautique. «Air France a été renfloué avec de l’argent public. On peut être taxé de protectionnisme mais les Américains le font aussi.» En arrière-fond, le souvenir d’un contrat de fourniture de 179 avions ravitailleurs de l’US Air Force, remporté en 2008 par EADS... puis réattribué en 2011 à Boeing après le tollé provoqué dans la classe politique américaine. Mais tout n’est pas si simple. Une source rappelle opportunément que Boeing fait gagner 4 milliards d’euros à l’industrie française via des contrats de sous-traitance, notamment des filiales de Safran qui vont fournir  le train d’atterrissage du nouveau Dreamliner.

Lequel aura des délais de livraison plus courts que son concurrent A350. Autre argument en faveur de la libre concurrence. Airbus a vendu 2 600 avions aux Etats-Unis en 40 ans. «Les Américains ne respectent que les forts», répond Bernard Carayon.