Prime aux salariés: Pourquoi personne n'en veut

ECONOMIE La mesure fait l'unanimité contre elle...

E.M.
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Bulletin de salaires, le 19 janvier.
Bulletin de salaires, le 19 janvier. — DURAND FLORENCE/SIPA

Patronat, syndicats, opposition et même parlementaires de la majorité: la prime aux salariés promise par Nicolas Sarkozy ne séduit personne.

La mesure est examinée ce mardi soir ou mercredi par les députés. Mais le dispositif fait déjà l’unanimité contre lui.

«Un miroir aux alouettes»

La prime ne concernera qu’une toute petite minorité de salariés. Seuls les salariés d’une entreprise privée de plus de 50 personnes qui a octroyé des dividendes en hausse par rapport à la moyenne des deux dernières années la toucheront.

Le gouvernement table ainsi sur près de 4 millions de bénéficiaires. Dans les entreprises de moins de 50 salariés le dispositif sera facultatif.

Le député UMP Yves Bur, rapporteur du projet de loi rectificatif de la Sécurité sociale qui inclut le dispositif, a lui-même reconnu que la mesure «favorise les salariés des grandes entreprises». 

La CGT et FO dénoncent quant à eux une mesure ponctuelle qui ne répond ne rien à l’exigence de hausse des salaires.

Un cache-misère sur le pouvoir d’achat

Fixée au départ à 1.000 euros, la prime serait plutôt aux alentours de 700 euros, selon le projet de loi. Sur la base des hypothèses du gouvernement, les employeurs pourraient distribuer, au mieux, un montant global de quelque 2,8 milliards d'euros.

Mais dans les faits, le gouvernement ne donne aucun montant obligatoire. Ce dernier doit être fixé par la négociation. Si celle-ci échoue, il le sera unilatéralement. «A l'inverse de ce que les Français avaient compris, cette prime n'aura rien d'obligatoire: il s'agit simplement d'une obligation de négocier qui pourrait à la limite n'aboutir qu'au versement d'un euro», juge Alain Vidalies, député PS.

Le ministre de l'Emploi, Xavier Bertrand, a d’ailleurs lui-même reconnu que l’objectif de la prime était de «satisfaire le principe d'équité» et non de «résoudre le problème du pouvoir d'achat».

Une mesure dirigiste

Les organisations patronales rejettent aussi en bloc le dispositif. Dans un communiqué publié lundi, le Medef, la CGPME et l'UPA rappellent «que ce projet méconnaît la réalité économique des entreprises et l'apport du dialogue social».

Elles s’opposent à cette nouvelle obligation de négocier et estiment qu’une telle prime ne peut exister que dans le cadre d’un dispositif facultatif et universel.

Le président de la CGPME, Jean-François Roubaud, a de son côté demandé aux députés mardi sur Europe 1 «de bien peser les conséquences de leur vote parce que s'ils adoptent ce texte, ils laisseront l'Etat s'immiscer dans la gestion des entreprises. C'est ouvrir la porte à une forme de dirigisme».