Christine Lagarde au FMI: une incertitude judiciaire, mais le soutien de l'Afrique

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La ministre française des Finances Christine Lagarde, en tournée mondiale pour prendre les rênes du Fonds monétaire international (FMI), a reçu vendredi à Lisbonne le soutien de l'Afrique subsaharienne, mais n'est toujours pas fixée sur son avenir judiciaire.

Après sa tournée auprès des puissances émergentes, celle qui est donnée grande favorite pour succéder à Dominique Strauss Kahn a fait, au jour de la clôture des candidatures, un crochet par la capitale portugaise où se tenaient les assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD).

C'est là qu'elle a été rattrapée par les dossiers judiciaires français. Un "petit texto" lui a appris à la mi-journée, que la Cour de justice de la République (CJR) réunie à Paris avait renvoyé au 8 juillet sa décision sur l'ouverture éventuelle d'une enquête à son encontre.

La ministre pourrait être accusée d'abus d'autorité pour sa gestion controversée du litige entre l'ex-homme d'affaires Bernard Tapie et le Crédit Lyonnais au sujet de la vente, en 1993, d'Adidas.

La décision interviendra donc après le choix du directeur général du FMI, attendu avant la fin du mois. Les pays membres de l'institution financière, déjà secoués par la démission de M. Strauss-Kahn, inculpé à New York pour tentative de viol, vont-il prendre le risque de la nommer malgré tout?

"Je suis parfaitement confiante et sereine sur le sujet, et ça ne remet en aucune manière en cause ma candidature", a assuré l'intéressée à Lisbonne. "Cela ne me fait ni chaud ni froid", a-t-elle insisté dans un grand sourire.

La bonne nouvelle pour Christine Lagarde est venue de l'Afrique subsaharienne, qui l'a adoubée par la voix du ministre des Finances de République démocratique du Congo (RDC) Matata Mapon.

"Nous sommes encouragés par votre vision du FMI dans le monde", a-t-il lancé en lui souhaitant "très bonne chance". Le Maroc a aussi affiché son soutien.

Comme lors de ses précédentes étapes, la candidate a donné des gages à ses interlocuteurs au lendemain d'une déclaration de l'Union africaine qui jugeait venu le temps d'un Africain à la tête du FMI.

"Le temps de l'Afrique est venu", lui a fait écho Christine Lagarde au cours d'un déjeuner avec les gouverneurs de la BAD. "C'est l'Afrique qui est le nouvel émergent", a-t-elle estimé.

Alors que la compétition semble se limiter à un duel entre la Française et le gouverneur de la Banque du Mexique Agustin Carstens, l'entourage de la ministre se veut très confiant.

Paris espère que le soutien des grandes puissances, Etats-Unis, Japon, mais aussi Russie, Chine, Brésil et Inde, sera officialisé dans les prochains jours.

La campagne de Christine Lagarde, avocate d'un "libéralisme tempéré", a démarré en fanfare le 25 mai, une semaine après la démission de son compatriote Strauss-Kahn. Immédiatement, elle a été adoubée par les Européens.

En tournée express autour du globe, elle a enchaîné, de Brasilia à Pékin en passant par New Delhi, les rencontres, les poignées de mains et les déclarations sans obtenir le moindre soutien officiel. Mais Agustin Carstens n'a pas fait mieux.

Christine Lagarde a tenté de rassurer les émergents, agacés par le partage tacite qui a permis aux Européens de diriger le FMI et aux Américains de présider la Banque mondiale sans discontinuer depuis 1946.

Au Brésil, elle a promis un "approfondissement" des réformes engagées pour donner plus de poids aux émergents. A Pékin, elle a évoqué le problème du yuan, largement sous-évalué, avec des mots encourageants, se gardant de sermonner le géant asiatique: l'appréciation récente de sa monnaie est "positive".

Surtout, et c'est peut-être la clé du choix du patron du FMI bien que Paris se défende de tout marchandage en coulisses, elle a laissé entrevoir aux Chinois la possibilité d'occuper un poste important au sein de la future direction de l'institution de Washington.