Direction du Fmi: «L'élection de Christine Lagarde serait une régression», estime Aurélie Trouvé, co-présidente d'Attac

INTERVIEW La co-présidente du mouvement altermondialiste réponds aux questions de 20Minutes...

Propos recueillis par Thibaut Schepman

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Portrait de l'ingénieur agronome et co-présidente  d'Attac France Aurélie Trouvé, 27 ans, pris le 24 Mai 2007 au Mans, lors  d'une conférence sur la souveraineté alimentaire à l'occasion du  Congrès national de la Confédération paysanne qui fête ses 20 ans.
Portrait de l'ingénieur agronome et co-présidente d'Attac France Aurélie Trouvé, 27 ans, pris le 24 Mai 2007 au Mans, lors d'une conférence sur la souveraineté alimentaire à l'occasion du Congrès national de la Confédération paysanne qui fête ses 20 ans. — AFP PHOTO JEAN-FRANCOIS MONIER

Ce vendredi soir, à minuit, se clôture la période de candidature pour le poste de directeur général du FMI. Sont candidats la ministre de l’Economie Christine Lagarde, le mexicain Agustin Carstens , le Kazakh Grigori Marchenko, mais aussi la française et co-présidente du mouvement altermondialiste Attac, Aurélie Trouvé. Les explications de la candidate du mouvement altermondialiste.

Pour être validée, votre candidature doit être portée par un administrateur du FMI. Pensez-vous qu’elle a une chance de l’être d’ici ce soir?
En effet, il faut que l’un des 24 gouverneurs du fonds soutienne notre candidature. Nous avons donc demandé à Christine Lagarde, qui est administrateur mais aussi candidate au poste de directeur général, de le faire. Nous avons également écrit une lettre ouverte à tous les autres, mais malheureusement nous n’avons pas encore reçu de retour. C’est malheureux car nous tenons à cette candidature, qui est un acte de protestation, pour défendre l’idée qu’il faut refonder le Fonds monétaire international.

Quelles seraient les corrections à apporter selon vous au Fonds actuel?
Le plus important à nos yeux est de rompre avec la politique libérale et de réguler la finance. Cela commence par des idées que nous défendons depuis bien longtemps, comme la taxation des transactions financières, ou la suppression des paradis fiscaux.

Et pour les mesures d’urgence, comme les plans de secours aux pays endettés? Quelles seraient, selon vous, les bonnes recettes?
Les deux vont ensemble. Il faut changer de logique. Aujourd’hui, le FMI demande de plus en plus d’austérité à la Grèce alors que les plans d’austérité n’ont fait qu’aggraver la dette du pays. Nous proposons au contraire de restructurer voire d’annuler la dette de la Grèce avant que l’austérité ne fasse éclater la zone euro. Ce serait aussi un moyen de mettre à contribution les financiers qui ont spéculé sur la dette grecque.

Plutôt que d’exiger des conditions de rigueur intenables, il faudrait imposer des conditions de partage de richesses et des contraintes écologiques pour soutenir la consommation de manière durable et juste. Et plutôt que se contenter de punir les pays endettés, il faut aussi imposer des conditions aux pays créanciers, comme l’Allemagne ou la Chine, qui pratiquent le dumping fiscal et social et créent des déséquilibres économiques.

Après la crise, ces idées ont été largement reprises dans le débat public. Est-ce une satisfaction?
Le problème c’est qu’on en est resté au stade des paroles! Je pense par exemple à Nicolas Sarkozy, qui a évoqué une taxe sur les transactions financières dans le cadre du G20, où elle n’avait quasiment aucune chance d’aboutir, mais qui n’a pas soutenu l’Allemagne lorsqu’Angela Merkel a proposé d’en appliquer une à l’échelle européenne. Il y a beaucoup d’hypocrisie et peu de remise en cause des idées libérales.

A ce titre, l’élection de Christine Lagarde serait même une régression. Elle fait partie d’un gouvernement qui a mené des politiques de régressions sociales, et est soupçonnée de collusion avec de très riches amis comme Bernard Tapie. Aucune chance pour qu’elle entreprenne de vrais changements…