«Echange 400 tonnes de fumier bovin contre paille»: Les agriculteurs à la recherche de fourrage sur Internet

SÉCHERESSE es bottes de paille se négocient à prix d’or...

E.M. avec Reuters

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Des bottes de paille dans un champ dans le Cotentin.
Des bottes de paille dans un champ dans le Cotentin. — APESTEGUY/SIPA

«Vends 30 tonnes de paille, à venir chercher sur place, prix à négocier»: sécheresse et manque de fourrage obligent éleveurs et agriculteurs en France se tournent vers les petites annonces pour s'échanger quelques tonnes de ces bottes devenues précieuses.

Tandis que Metéo France prévoit des températures supérieures à la normale cet été, les propositions de dons apparaissent même parfois dans les petites annonces. Et des éleveurs postent aussi des offres de troc: «Echange 400 tonnes de fumier bovin contre paille, quantité à débattre.»

240 euros la tonne de paille

Ce phénomène nouveau suscite des prix astronomiques, jusqu'à 240 euros la tonne de paille quand la FNSEA recommande un prix maximum de 100 euros.

«J'ai reçu des centaines d'appels!», explique Bruno Cartel, un producteur de céréales des Ardennes qui a posté pour la première fois sur internet une annonce pour vendre sa paille.

«On m'a proposé des prix fous», ajoute-t-il. «Certaines annonces vont jusqu'à 240 euros la tonne, les vendeurs jouent sur la rareté mais d'après moi, ces gens-là ne sont pas des agriculteurs, ou alors ils n'en méritent pas le nom», précise-t-il.

Sécheresse historique

La sécheresse de ces dernières semaines a fortement affecté les cultures, réduisant la quantité de fourrages disponibles en raison des restrictions d'eau imposées aux agriculteurs dans une soixantaine de départements français.

La Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles a elle aussi constaté la multiplication de ces annonces peu communes sur des sites Internet, essentiellement leboncoin.fr mais aussi ebay.fr et vivastreet.fr.

«C'est un phénomène relativement nouveau», estime Daniel Prieur, secrétaire général adjoint de la FNSEA et agriculteur dans le Doubs. «Les ventes sur Internet existent, mais elles concernent d'habitude le matériel d'occasion», affirme-t-il.

25 euros la tonne

Le premier syndicat agricole a fixé à 25 euros la tonne le prix de la paille (tiges de céréales) non pressée dans le cadre de contrats entre agriculteurs, pour éviter la spéculation.

Pour la paille pressée, il recommande un prix maximum d'une centaine d'euros, un coût plus élevé car il comprend le conditionnement, le stockage, voire la livraison des bottes.

Le marché du foin (herbes séchées) est quant à lui presque inexistant cette année et donc peu concerné par ces échanges. «Il faut que tout le monde comprenne que l'enjeu n'est pas seulement sur cette année», ajoute Daniel Prieur. «Les céréaliers ont intérêt à ne pas vendre trop cher, pour que les éleveurs s'en sortent. Car ce sont leurs principaux clients.»

Sur la Toile, on trouve tous les prix chez les vendeurs, qui sont majoritaires. Les quelques éleveurs qui ont laissé une annonce ont rarement fait affaire, ce qui laisse à penser qu'un marché en ligne de la paille n'est pas pour demain.

Prix trop élevés

«Je n'ai finalement rien acheté», témoigne Alexandre Lefèvre, qui recherche du foin et de la paille. «Les prix d'Internet sont beaucoup trop chers, on ne va pas s'endetter pour obtenir de la matière première!»

Cet éleveur de vaches à viande dans l'Aveyron s'est aussi retrouvé confronté aux centaines de kilomètres qui séparent vendeurs et acheteurs. Contrairement à de nombreux produits disponibles sur Internet, difficile en effet de livrer 100 tonnes de paille par Chronopost.