Qui est Jacques-Antoine Granjon, patron de vente-privee.com, roi des démarques sur internet

PORTRAIT Ce self-made man extravagant dit travailler 24H/24...

© 2011 AFP

— 

Photo de Jacques Antoine granjon, dans son bureau de Saint-Denis, le 23 mars 2010.
Photo de Jacques Antoine granjon, dans son bureau de Saint-Denis, le 23 mars 2010. — AFP PHOTO / MARTIN BUREAU

Tout ou presque a déjà été écrit sur lui: son excentricité, ses bagues extravagantes, son amour du pop art, son ascension météorite, qui l'a fait passer de fripier fêtard au rang de star du web «bâtisseur».

A 49 ans, Jacques-Antoine Granjon (JAG), fondateur du site de destockage vente-privee.com, est aujourd'hui un patron au succès incontestable, qui incarne, au siège de son entreprise à Saint-Denis en banlieue parisienne, l'histoire récente de la net économie, sa renaissance et son essor après l'éclatement de la bulle en 2000.

26 ans de travail

«La réalité c'est vingt-six ans de travail, de rencontres, de difficultés», balaie JAG, jean délavé, t-shirt échancré sous une veste noire, cheveux longs jusqu'aux épaules, au poignet une montre de luxe.

«Je travaille 24H/24», raconte celui qui figure au 65e rang des 100 plus grosses fortunes de France dans le classement Challenges, avec un patrimoine, qui a doublé en un an, estimé à 600 millions d'euros. En juin 1985 après des études à l'European Business School (EBS), une école de commerce à Paris, JAG découvre sa vocation: devenir grossiste en invendus. «Je m'étais fait des copains soldeurs. L'idée était de gagner de l'argent rapidement», reconnaît-il.

Avec un ami, Julien Sorbac, il loue un local à Paris, grâce à 20.000 francs prêtés par son père, directeur de société. Sa mère est avocate. Ils ont 22 ans et achètent un lot de 200 chemises à revendre aux magasins spécialisés dans le commerce à bas coût. Quelque six années plus tard, ils deviennent les plus gros déstockeurs d'Europe avec 80 millions de francs de chiffre d'affaires.

Période bling bling

C'est aussi la période bling bling, avec Porsche et virées l'été à Saint-Tropez, l'hiver à Val d'Isère. En 2000, l'arrivée des enseignes de mode à petits prix sonne le glas des soldeurs. JAG et sa bande attrapent alors le train d'internet et lancent vente-privee.com, une déclinaison virtuelle du déstockage de marques, qui donne au client le sentiment d'être unique en instaurant un système de parrainage.

Les débuts sont difficiles. Le groupe accuse des pertes colossales les quatre premières années. Il lui faut vaincre les réticences des marques, qui craignent de «brader» leur image sur le web. «Ce n'était pas gagné», confie JAG. En 2005, il séduit en proposant de la lingerie. De 20 millions d'euros en 2004, à 680 millions en 2009 et près d'un milliard d'euros en 2010, le chiffre d'affaires explose.

«Ce n'est pas l'héritier d'une dynastie, il est parti de rien», souligne son ami et autre quadra à succès Xavier Niel, patron d'Iliad/Free. Les deux hommes ont investi ensemble dans des start-up et viennent de lancer une école des métiers de l'internet, avec le patron d'une autre success-story francaise, Marc Simoncini, fondateur du site de rencontres Meetic. Vente-privee.com revendique plus de 13 millions de membres, emploie plus de 1.300 personnes. En dix ans, le groupe n'a quasiment pas connu de crise sociale hormis le blocage d'un entrepôt en région parisienne en septembre dernier, action contre un changement d'horaires.

«Homme de droite et patron de gauche»

« Homme de droite et patron de gauche » comme il se décrit lui-même, JAG a négocié directement avec les grévistes. Si les détracteurs sont rares, un récent documentaire, diffusé en mai sur France 5, a épinglé vente-privee.com et d'autres webmarchands, accusés de tromper le client en acceptant de vendre des produits de mauvaise qualité fabriqués exprès par les marques pour internet.

Vente-privee dément vendre des « produits fabriqués au rabais » et assure vérifier que le niveau de qualité de est identique à celui pratiqué en magasin. Pour l'instant vente-privee.com n'est pas à vendre et ne songe pas à entrer en Bourse comme nombre de stars du web, courtisées par les investisseurs. JAG, qui veut partir à la conquête de l'Amérique, vient de signer un partenariat avec le groupe financier American Express, qui compte 42 millions de membres, autant de clients potentiels.