Bactérie tueuse: L'Europe promet des compensations aux agriculteurs

ALIMENTATION Une réunion se tient mardi entre les ministres européens...

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Un maraîcher en Gironde en janvier 2010.
Un maraîcher en Gironde en janvier 2010. — VALINCO/SIPA

Les maraîchers européens victimes de la crise de confiance des consommateurs consécutive à l'épidémie mortelle de la bactérie E.coli vont pouvoir compter sur des «compensations» financières de l'Europe, dont le détail sera discuté mardi par les ministres concernés.

Compensations financières

La porte-parole de la Commission européenne, Pia Ahrenkilde, a annoncé que l'exécutif européen allait proposer mardi «des mesures concrètes de compensation» pour le secteur, lors d'une réunion extraordinaire à Luxembourg des ministres européens de l'Agriculture et de la sécurité alimentaire.

Premier exportateur de fruits et légumes en Europe, l'Espagne a vu ses ventes s'effondrer depuis que ses concombres ont été mis en cause --à tort-- par les autorités allemandes.

Alors que la saison est à son pic, la méfiance des consommateurs à l'égard des concombres, salades et tomates, coûte cher aussi aux producteurs néerlandais, belges, portugais, français et allemands.

Le ministre français Bruno Le Maire a annoncé lundi à Bruxelles avoir demandé au commissaire européen à l'Agriculture Dacian Ciolos «qu'il y ait une indemnisation à l'euro près des pertes subies par les producteurs de légumes en France».

Pertes espagnoles

L'Espagne, qui évalue ses pertes à quelque 225 millions d'euros par semaine, veut que ce soit l'Allemagne qui dédommage le préjudice, à 100%. «Sinon, nous nous réservons le droit (de lancer) une action légale», a prévenu la ministre espagnole Rosa Aguilar.

Berlin s'y refuse toutefois et Dacian Ciolos préfère explorer la piste d'une «solution européenne à ce qui est devenu un problème européen», a indiqué son porte-parole Roger Waite.

La réunion de mardi pourrait déboucher sur «un accord de principe» à des mesures concrètes qui couvriraient "non seulement les producteurs qui sont membres d'organisations professionnelles mais aussi ceux qui n'en font pas partie", a-t-il précisé.

En principe, seuls les producteurs de fruits et légumes membres d'une organisation ont le droit de percevoir une indemnisation exceptionnelle pour leurs invendus, à hauteur de 5% à 10% de la valeur annuelle de leur production.

Producteurs touchés

Selon une source diplomatique, l'UE pourrait décider mardi de lever ce plafond. Mais la mesure risque d'être insuffisante. Et elle ne pourrait pas s'appliquer aux producteurs de fruits et légumes indépendants, qui sont majoritaires dans l'UE (65% de la profession).

En outre, des aides d'urgence limitées à 7.500 euros par exploitation sur trois ans peuvent également être versées par les Etats, mais elles sont tirées des budgets nationaux. Or Madrid et Paris insistent pour ne pas être pénalisés par ce problème importé d'Allemagne.

Une solution serait alors d'instaurer un fonds européen d'urgence, tiré du budget de l'UE, indiquent des sources proches du dossier. Le commissaire Dacian Ciolos évalue les possibilités juridiques de recours à une telle solution, plus clairement adaptée à une catastrophe naturelle comme un séisme qu'à une crise sanitaire.

Toutefois, un précédent existe: des éleveurs irlandais ont pu être indemnisés par ce biais pour un scandale de contamination à la dioxine en juillet 2009.

Les ministres évoqueront également les moyens d'améliorer la traçabilité et le système d'alerte sanitaire, alors que plusieurs pays tiers, notamment la Russie, ont interdit l'importation de légumes européens en attendant que la source de la contamination à la bactérie Eceh soit identifiée. Une décision jugée «disproportionnée» par l'Union européenne qui réclame sa levée immédiate.

Pour Bruno Le Maire, il faut «tirer les conséquences» du «grave dysfonctionnement du dispositif de sécurité sanitaire» révélé par cette crise.