Grèce: Des milliers de manifestants défilent pacifiquement à Athènes contre l'austérité

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Des dizaines de milliers de Grecs ont participé dimanche à un  gigantesque rassemblement pacifique contre l'austérité dans le centre  d'Athènes à l'appel des «Indignés», un mouvement alternatif de  résistance fédéré sur internet et calqué sur une campagne du même type  en Espagne. Selon la police, plus de 50.000 personnes se sont rendues  dans la soirée sur la place Syntagma (de la Constitution), juste en face  du Parlement, en chantant «Voleurs, voleurs» à l'adresse des députés et  du gouvernement.

Ce rassemblement survient le surlendemain  d'un accord du Premier ministre Georges Papandréou avec les créanciers  du pays pour une rallonge financière en échange d'un contrôle accru sur  les dépenses du pays et de nouveaux sacrifices budgétaires. A Salonique,  deuxième ville de Grèce, dans le nord, 3.000 personnes ont participé à  un rassemblement du même type, selon la police, répondant à un appel  européen, via les réseaux sociaux notamment, de rassemblements sur les  places des grandes villes d'Europe.

Drapeaux grecs, espagnols, portugais, tunisiens et argentins

A Athènes, il s'agit du plus grand rassemblement depuis le début des actions menées par ces «Indignés» grecs il y a douze jours. La foule brandissait de nombreux drapeaux grecs, mais aussi espagnols, portugais, tunisiens et argentins. «Vous  avez la maladie, nous avons la solution. Révolution», proclamait une  banderole déployée sur la place près de l'entrée du metro. «C'est une  honte, ce qu'on fait à la Grèce», estime Stelios Sfinas, policier en  retraite, âgé de 87 ans. «Je veux que la Troïka s'en aille», ajoute-t-il  en brandissant un grand drapeau grec.

La Troïka est le nom  donné par les Grecs aux représentants des trois institutions, Union  européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international,  qui ont débloqué en mai 2010 un prêt de 110 milliards d'euros d'aide à  la Grèce, alors au bord de la faillite. Ces mêmes créanciers ont accepté  vendredi d'augmenter le montant de leur aide en échange de plus de  contraintes financières et d'une accélération des privatisations. Mais ces considérations semblent bien lointaines pour Panos, 48 ans, venu avec sa femme et ses deux filles à la manifestation.

Victime  de la récession qui broie la Grèce depuis plus de deux ans, il dit  qu'il n'est «pas indigné, mais découragé», en expliquant que ses revenus  ont fondu de 70% l'an dernier. «Notre famille nous aide en nous prêtant  de l'argent pour vivre», dit sa femme, au chômage. «Il y a de l'espoir  si des manifestations de ce type arrivent à faire la différence. Si les  partis politiques s'en mêlent, je ne viens pas», dit à l'AFP Maro, âgé  de 26 ans. Pour le ministre de la culture Pavlos Geroulanos, ce  rassemblement géant est le témoin d'un phénomène très grec, mais aussi  global.

Le système «a atteint ses limites»

«Cela  montre qu'un système qui fonctionne depuis des années a atteint ses  limites, et les gens dans tous les pays (où il y a de telles  manifestations) demandent un changement du système» a dit M. Geroulanos  sur la télévision publique Net dimanche. Il a ajouté que l'une des priorités du gouvernement était de trouver un moyen d'agir plus efficacement pour l'Etat. 

Néanmoins,  les Grecs n'ont plus confiance dans leur système politique, accusé  d'être responsable de la gabegie qui a mené la Grèce à un état de  quasi-faillite, à l'humiliante décision de devoir recourir à l'aide  internationale, et à la sévère récession qui a suivi. Le gouvernement a  publié samedi sur internet une vidéo soulignant les réalisations qu'il a  obtenu depuis 20 mois qu'il est en place.

Noyée sous une  dette énorme, et incapable de revenir sur les marchés qui lui proposent  des taux usuraires, la Grèce s'est vu promettre vendredi une nouvelle  aide financière de la zone euro pour lui éviter la banqueroute et la  sortie de l'Union monétaire, en plus de celle déjà octroyée il y a un  an, avec en contrepartie un net renforcement de la tutelle budgétaire  sur le pays.