FMI: Lagarde, candidate idéale?

ÉCONOMIE a ministre française de l'Economie fait partie des favoris pour succéder à DSK à la direction générale du Fonds à Washington...

Thibaut Schepman
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Conférence de presse de Christine Lagarde, la ministre des Finances, et de Christien Noyer, le gouverneur de la Banque de France, à Bercy, avant l'ouverture du G20 Finances le 18 février 2011.
Conférence de presse de Christine Lagarde, la ministre des Finances, et de Christien Noyer, le gouverneur de la Banque de France, à Bercy, avant l'ouverture du G20 Finances le 18 février 2011. — MEIGNEUX/SIPA/

Ca y est, c’est officiel. Christine Lagarde a annoncé mercredi sa candidature au poste de directeur général du FMI lors d’une conférence de presse. 20Minutes fait le point sur les atouts et les faiblesse de l’ancienne avocate d’affaires pour ce poste.

POUR: Elle est connue et reconnue par les gouvernants du monde entier

«Lors des rencontres et réunions financières internationales, Christine Lagarde est traitée comme une quasi rock star». Comme le note Kenneth  Rogoff, ancien économiste en chef du FMI, dans une interview au New York Times, la réputation de Christine Lagarde n’est plus à faire à l’échelle internationale. Elle maîtrise parfaitement l’anglais – fait plutôt rare chez les ministres français. Elle lui a même valu le titre de meilleure ministre des Finances de la zone euro en 2009. Des compétences qui pourraient peser en sa faveur, puisque la principale mission du prochain dirigeant du FMI devrait être de gérer la crise de la dette en Europe.

POUR: Elle a déjà beaucoup de soutiens

Par tradition, le directeur général du FMI est européen, et l’Europe pèse pour beaucoup dans la décision avec plus d’un tiers des droits de vote. Or, plusieurs dirigeants européens ont très vite affiché leur soutien à Christine Lagarde. Le ministre suédois des Finances, Anders Borg, a le premier opté pour Lagarde, louant sa gestion de la crise de la dette dans la zone euro dès mercredi. Selon le New York Times, plusieurs dirigeants allemands et britanniques ont  indiqué en coulisse qu’ils soutiendraient Lagarde, et attendent qu’elle postule officiellement. Même Timothy Geithner, le secrétaire au Trésor américain, a vanté «son esprit rapide comme l'éclair, sa chaleur et sa capacité à combler les fossés». Une  preuve que les Etats-Unis pourraient également apporter leur soutien à Lagarde si elle postulait.

POUR: C’est une femme

«Ce qui s'est passé avec Strauss-Kahn souligne à quel point il serait positif d'avoir une femme dans le rôle», a déclaré Kenneth Rogoff dans la même interview. Si elle obtient le poste, Mme Lagarde serait en effet la première femme à diriger le FMI. Une nouveauté qui joue en sa faveur, mais qui devra toutefois faire oublier que Lagarde vient du Vieux Continent, et qu’elle est française, ce qui reflèterait bien peu les évolutions économiques mondiales, notamment la montée en puissance des pays émergents.

CONTRE: D’autres candidats non européens en lice

Les Français (Pierre-Paul Schweitzer, Jacques de Larosière , Michel Camdessus puis Dominique Strauss-Kahn) ont déjà beaucoup siégé au FMI, près de 36 années au total en à peine 65 ans d’existence du fonds. De nombreux candidats non européens pourraient postuler, estimant que le départ de DSK doit permettre d'enfin ouvrir la direction du Fonds à d’autres continents. Un processus de sélection plus transparent pourrait être choisi, et une candidature commune des pays émergents se profile. Kemal Dervis, ancien ministre des Finances de la Turquie qui a la réputation d’avoir redressé l’économie de son pays, ou l’Africain du Sud Trevor Manuel sont donc de sérieux concurrents pour Christine Lagarde.

CONTRE: L’Affaire Tapie pourrait la rattraper

C’est le principal point noir de la candidature de Lagarde. Le procureur de la cour de cassation, Jean-Louis Nadal, a demandé le 10 mai dernier une enquête pour «abus d'autorité» devant la Cour de justice de la République (CJR) portant sur le rôle de Christine Lagarde. La ministre a en effet fait délibérer en 2008 l’affaire qui opposait Bernard Tapie à l’Etat français par un groupe d’arbitrage privé, plutôt que de laisser la procédure judiciaire normale continuer devant la cour d’appel de Paris. L’homme d’affaires avait alors récolé 285 millions d'euros de fonds publics. La cour d’appel doit statuer début juin, ce qui pourrait tenir l'image de Christine Lagarde. Mais la ministre a d’ores et déjà annoncé qu’elle maintiendrait sa candidature même si l’enquête devait aller plus loin.