A Madrid, les manifestants déterminés à braver l'interdiction

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Dans le camp de bâches et de tentes planté au beau milieu de la Puerta del Sol, dans le centre de Madrid, des centaines de jeunes, plus déterminés que jamais, se préparaient vendredi à braver l'interdiction de manifester à la veille d'un week-end électoral.

"Nous allons rester sur la place. Il ne s'agit pas d'une manifestation, mais d'un mouvement citoyen", assurait Juan Lopez, chômeur de 30 ans et l'un des porte-parole de ce mouvement alternatif désormais baptisé Toma la plaza (Prends la place). A deux jours d'élections régionales et municipales qui s'annoncent désastreuses pour les socialistes au pouvoir, le chef du gouvernement José Luis Rodriguez Zapatero a promis qu'il serait "compréhensif" envers les manifestants.

Mosaique de jeunes

Depuis mardi, cette mosaïque de jeunes mais aussi de citoyens de tous horizons et de tous âges, chômeurs, étudiants, retraités, salariés, a pris possession de cette place en plein coeur de Madrid. Inédit, spontané, coloré et pacifiste, le mouvement, au nom du "droit à s'indigner", dénonce pêle-mêle la mainmise des grands partis sur la vie politique espagnole, l'injustice sociale, la "corruption des politiciens".

Mais, surtout, il trahit la frustration de millions d'Espagnols face au chômage qui atteint un taux record de 21,19% et frappe près de la moitié des moins de 25 ans, aux coupes salariales, aux retombées de la crise économique. Le mouvement, à la veille du week-end électoral durant lequel toute manifestation est interdite, place le gouvernement en position très délicate, l'obligeant à choisir entre la méthode policière ou une souplesse qui ne manquerait pas de lui attirer des critiques.

Pacifiques

"Je dois souligner qu'ils manifestent de manière pacifique, ce qui est important. Bien sûr, il y aura compréhension et sensibilité" de la part du gouvernement, a déclaré M. Zapatero vendredi matin. Dans la nuit, la Commission électorale avait déclaré illégaux les rassemblements prévus samedi et dimanche par les manifestants. "Le ministère de l'Intérieur et le gouvernement agiront correctement, de manière intelligente. Nous voulons que tous les droits soient garantis et que la journée de réflexion", qui commence vendredi à minuit, "soit respectée", a expliqué M. Zapatero.

A 00H05, les manifestants ont appelé la foule à se figer symboliquement dans un "cri muet", un morceau de ruban adhésif collé sur la bouche. Autour du campement se regroupent chaque soir depuis mardi des milliers de personnes, encadrées par une présence policière restée jusqu'à présent visible mais très discrète, en dépit de la foule qui grossit de jour en jour. Le mouvement, dans des proportions moindres, a gagné la plupart des villes d'Espagne.

Continuer après les élections

Face à ce succès grandissant, ses porte-parole n'excluent plus de le poursuivre au-delà de dimanche comme prévu au départ. "Des assemblées vont se réunir, et décider", expliquait Juan Lopez. Vendredi, lorsque les occupants de la Puerta del Sol se sont réveillés sous les bâches bleues ou les petites tentes de camping, ils ont comme chaque jour été rejoints par une foule de sympathisants. Entre les jeunes enveloppés dans des couvertures ou allongés sur des cartons, beaucoup de retraités venaient exprimer leur solidarité, apporter de la nourriture, proposer de l'aide.

Dans la file d'attente devant le stand dédié à la signature de la pétition de soutien, Maria-Jesus Garcia, une fonctionnaire de 40 ans, racontait être venue "à cause du chômage. Surtout celui des jeunes". "Je vais lire la pétition, et je vais signer", disait-elle. "Mais ils doivent continuer après les élections. S'ils s'arrêtent, cela n'aura servi à rien".