Dette, austérité, racisme, violences: Athènes dans une spirale infernale

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La Grèce, qui tente désespérement de trouver une issue au problème de son énorme dette, se trouve au défi de contenir la colère de la rue aggravée par une montée des tensions xénophobes sur fond de crise sociale.

Vendredi, un militant de gauche de 31 ans était toujours hospitalisé à Athènes dans un état grave, après des brutalités policières commises mercredi lors d'une manifestation contre la cure d'austérité administrée au pays pour tenter de réduire sa dette et ses déficits.

Ces bavures interviennent dans un contexte social dégradé par la profonde récession qui frappe la Grèce.

Malgré une bonne nouvelle vendredi, avec un premier timide retour de la croissance au premier trimestre (+0,8%), pour la première fois depuis 9 trimestres consécutifs, la crise économique reste très forte.

Elle est amplifiée par les mesures de restriction budgétaire et des hausses de taxes destinées à prouver aux pays créanciers que la Grèce est capable de se gérer et d'éviter une dévastatrice restructuration de la dette qui atteindra plus de 150% du PIB du pays à la fin de l'année.

Traduction sociale: la hausse très rapide du chômage. En février, dernier chiffre connu, annoncé jeudi, le taux s'est élevé à 15,9% contre 12,1% un an auparavant.

La crise coïncide avec un regain de violences xénophobes dans des quartiers populaires du centre d'Athènes, transformés en véritables ghettos à la suite de l'afflux migratoire massif connu par le pays, devenu la principale porte d'entrée de l'immigration illégale en Union européenne.

Selon une estimation de Médecins du Monde (MDM), quelque 30.000 migrants irréguliers et en transit s'entassent dans cette zone, où ils cohabitent avec toxicomanes et prostituées, et subissent les violences de "milices" du groupuscule néo-nazi Aube d'or.

Dans le centre de la capitale grecque, où se tiennent des manifestations quasi-quotidiennes depuis des mois contre l'austérité, la police est pourtant omniprésente et très bien équipée.

Mais cela n'a pas empêché les statistiques de la criminalité de s'envoler depuis le début de l'année, souligne Théodore Papatheodorou, professeur de politique criminelle et président de l'université du Péloponnèse.

"Il y a une montée de la colère sociale en Grèce", dit-il, craignant l'instauration d'une "sorte de guerre des pauvres", dans les quartiers défavorisés et transformés en ghettos.

Selon lui, cette évolution ne se manifeste pas tant dans les manifestations que "dans le cadre de vie du quotidien des grandes villes".

Ainsi un vol à l'arraché, cette semaine également, a coûté la vie à un père de famille de 44 ans poignardé à mort, par des étrangers selon des témoins, alors qu'il s'apprêtait à monter en voiture pour conduire son épouse à la maternité.

Le lendemain, dans le même quartier, un Bangladeshi de 21 ans était tué à coups de couteaux par deux motards. La police n'exclut pas la piste d'un crime raciste. Selon MDM, au moins deux autres morts suspectes de migrants ont été enregistrées ces derniers mois dans le centre d'Athènes.

"Si certains prennent la loi en main et commencent à tuer des migrants au hasard, nous faisons face à un phénomène totalement inacceptable", s'est ému le vice-Premier ministre grec, Théodore Pangalos, en "espérant" que l'assassinat du Bangladeshi "n'a aucun rapport" avec celui du père de famille.

Tout cela ne traduit pas un problème de criminalité, selon M. Papatheodorou, "mais plutôt un symptôme, marquant la conjonction de problèmes sociaux, économiques et politiques en Grèce".

Dans ce climat délétère, deux manifestations radicales ont eu lieu à Athènes jeudi. L'une d'extrême droite réclamant le départ des immigrés, qui a dégénéré en chasse à l'étranger et fait 15 blessés au total. L'autre organisée par les mouvements anarchistes et l'extrême gauche dénonçait le "gouvernement assassin" et les violences policières.