L'utilisation de logiciels piratés, un travers "culturel" propre à la France

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"Banalisée", "séduisante" et même "culturelle", l'utilisation de logiciels piratés n'a rien de tabou pour les entreprises françaises: avec 39% de programmes illicites installés sur leurs ordinateurs, elles bafouent allègrement droit de propriété intellectuelle et sécurité.

Selon une étude réalisée dans 116 pays et rendue publique jeudi par l'Association mondiale des fabricants de logiciels BSA (Business Software Alliance) et l'institut IDC, le piratage de logiciels a coûté l'an dernier 44 milliards d'euros à l'échelle mondiale.

Rien que pour l'industrie française du secteur, le manque à gagner est estimé à près de 2 milliards d'euros, un montant qui place la France en tête des 27 pays de l'Union européenne.

"Les pays anglo-saxons et du nord ont des taux de piratage relativement honnêtes. Et puis on a les pays latins, France en tête: c'est un peu dans nos gènes malheureusement, avec ce côté +hors-la-loi+ qui est séduisant", déclare à l'AFP Eric Beaurepaire, membre du BSA.

"Les Français sont un peu réfractaires aux normes, ils pensent aussi que le risque n'existe que pour les autres", ajoute-t-il.

Est considéré comme piraté ou illicite tout logiciel destiné à un seul ordinateur mais faisant l'objet d'installations multiples, ainsi que les copies "achetées" sur des sites d'enchères ou téléchargées gratuitement via des sites de partage de fichiers.

Pour de telles pratiques, "les risques encourus au nom de la protection de la propriété intellectuelle vont jusqu'à 3 ans d'emprisonnement et 300.000 euros d'amende", souligne M. Beaurepaire.

"Ce n'est pas forcément l'idée de tricher" qui prime chez les Français, "mais plus un comportement culturel et une notion d'espace de liberté", estime pour sa part Patrick Bertrand, président de l'Association française des éditeurs de logiciels (Afdel), qui compte notamment Microsoft France parmi ses membres.

"Nous sommes dans une dimension immatérielle, télécharger illégalement ne donne pas l'impression de voler comme on peut voler un sac ou une télévision", souligne-t-il.

Pour Bernard Ourghanlian, directeur technique et sécurité pour Microsoft France, "il y a une forme de banalisation du piratage en France qui n'existe pas dans les pays anglo-saxons, où globalement on est conforme à la loi".

"C'est une explication un peu facile de dire que les Français sont des latins, mais on constate quand même qu'en Italie, au Portugal, en Espagne ou dans les Balkans, le taux de piratage est toujours plus important", rappelle-t-il.

Ces pratiques grèvent l'économie informatique, freinent la création d'emplois tout comme l'innovation, déplorent les acteurs du secteur: "l'impact est extrêmement négatif et les pertes considérables pour les entreprises", résume Patrick Bertrand.

"La copie illégale de logiciels dans les entreprises doit être sanctionnée, la propriété intellectuelle n'est pas un vilain mot et doit être respectée", insiste-t-il.

L'installation de logiciels de provenance douteuse pose également des problèmes de sécurité: "dans la plupart des cas ces logiciels ne sont pas +propres+", indique Eric Beaurepaire.

"Une étude du cabinet KPMG montre que le coefficient de corrélation entre le taux de piratage et les attaques de logiciels malveillants est de 74%. Quand on télécharge des logiciels piratés, on a beaucoup plus de chances d'avoir des pannes de système ou des pertes de données confidentielles", rappelle Bernard Ourghanlian.

Selon M. Beaurepaire, "ce n'est plus acceptable de dire +on ne savait pas+. Lorsque vous achetez Microsoft Office sur un site d'enchères pour dix euros ou que vous l'avez gratuitement sur un site +peer-to-peer+, vous êtes conscient que ce n'est pas normal".