Dettes publiques: «L'Europe tente de résoudre sa crise actuelle avec les idées qui sont à l'origine de la précédente»

Thibaut Schepman
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Henry Sterdyniak, économiste à l'OFCE et membre des économistes atterrés, dans les locaux de 20 Minutes le 9 mai 2011
Henry Sterdyniak, économiste à l'OFCE et membre des économistes atterrés, dans les locaux de 20 Minutes le 9 mai 2011 — DR

Dans leur ouvrage à paraître ce mercredi, 20 ans d'aveuglement, l'Europe au bord du gouffre, les membres du collectif Les Economistes atterrés portent un regard très critique sur la gestion de la crise de la dette en Europe. Ils proposent de restructurer une partie des dettes publiques européennes, c’est-à-dire négocier à la baisse les conditions de remboursement, car ils les jugent «illégitimes». Henry Sterdyniak, co-auteur du livre, répond  à 20 Minutes.

Pourquoi êtes-vous atterrés?

Depuis 1980, les idées néolibérales font largement consensus. Ce sont elles qui ont régi la théorie et les politiques économiques depuis trente ans. La crise de 2007 nous a montré que plusieurs présupposés idéologiques de cette théorie sont faux, notamment l’idée qui veut que plus les marchés sont libres plus ils sont efficaces. Nous avons attendu un changement de logiciel mais il n’est pas venu, malgré les discours volontaristes entre 2007 et 2009. Pire, l’Europe tente aujourd’hui de résoudre sa crise actuelle avec les idées qui sont à l’origine de la crise précédente, celle de 2007. Voilà ce qui nous atterre.

Après un premier succès d’édition, vous publiez des livres et organisez des débats. Vous tentez de devenir un véritable groupe de pression? Avez des objectifs politiques?

Nous allons effectivement publier un troisième livre avant l’élection présidentielle, pour appeler à un véritable changement de pensée en économie. Mais cela s’inscrit dans une démarche plus globale visant à faire entendre notre opinion dans le débat public. Après la publication de notre manifeste, nous avons entamé un tour de France des villes et des universités pour débattre de nos propositions. Plus de quarante débats et conférences ont ou vont être organisés. Aujourd’hui, plus de 3.000 personnes ont signé notre manifeste, dont près de 1.500 économistes. Nous formons donc un véritable réseau, et nous allons tenter d’influencer le débat public.

Sur quels sujets en particulier?

Nous insistons toujours sur la taxe sur les transactions financières, qui a été évoquée notamment au G20 mais n’a toujours pas vu le jour. Nous plaidons également pour interdire aux banques de spéculer sur les marchés financiers ou de prêter aux fonds spéculatifs. C’est le seul moyen de réduire les montants qui sont investis aujourd’hui à outrance pour spéculer, comme sur les matières premières par exemple. Enfin, nous appelons à une harmonisation fiscale en Europe, pour que les Etats arrêtent de faire du dumping fiscal en exonérant toujours plus les impôts des plus riches.

«Ce sont les plus riches qui doivent rembourser la dette publique». Ci-dessous l'interview en vidéo d'Henry Sterdyniak :

 


Les mots de l'économie - La dette publique par 20Minutes