Michel Barnier: «On est allé trop loin dans certaines dérives du libéralisme»

POLITIQUE L'ancien ministre de l'Agriculture a répondu aux questions de «20 Minutes»...

Propos recueillis par Anthony Nataf

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Michel Barnier, commissaire européen au marché intérieur et aux services lors d'une conférence de presse à Bruxelles, le 27 janvier 2011.
Michel Barnier, commissaire européen au marché intérieur et aux services lors d'une conférence de presse à Bruxelles, le 27 janvier 2011. — AFP PHOTO / GEORGES GOBET

Michel Barnier, ancien ministre français de l'Agriculture, est commissaire européen au marché intérieur et aux services. A l'occasion de la journée de l'Europe, il revient sur les 12 chantiers pour développer le marché unique qu'il a proposé le mois dernier, parmi lesquels la régulation financière.

Qu’est-ce que le marché unique européen?
C’est l’espace commun de vie économique et sociale. Ce sont 500 millions de citoyens et 22 millions d’entreprises dont l’essentiel sont des petites entreprises. Chaque pays européen y exporte 60 % de ses marchandises et services.

Vous avez proposé 12 leviers pour le relancer. Pourquoi?
Il y a dans le marché unique entre 2 et 4 % de croissance supplémentaire possible à notre portée, si ça fonctionnait mieux. Ces 12 leviers, qui seront soumis aux votes du Parlement et du Conseil européen, comprennent des mesures qui renforcent la compétitivité, mais aussi des mesures qui tissent du lien social. Je pense par exemple aux grandes infrastructures: transport, énergie, télécommunications.

Sur quoi travaillez-vous?
Nous allons créer un brevet européen pour protéger les inventions, ou développer le marché unique numérique. Nous allons renforcer la cohésion sociale, sans laquelle il n'y a pas de performance économique durable, en s'assurant que les droits des travailleurs sont mieux protégés. Nous allons aider les PME en réduisant les complexités auxquelles elles font face. Nous créons aussi un nouveau modèle financier plus solide, plus stable, plus sain, pour éviter une nouvelle crise. Nous venons de créer il y a quelques mois des autorités de régulation qui surveillent à l'échelle de l'Europe les banques, les assurances et les marchés.

Où en est-on sur les bonus, qui continuent de choquer l'opinion?
Pour la première fois, cette année, des lois encadrent les bonus des banquiers. L'Europe est la seule région du monde à faire cela. Je vais déjà vérifier si ce premier encadrement a été bien appliqué, ce qui n’est pas sûr. Mais je veux aller plus loin car je considère que certaines rémunérations ou bonus sont injustifiables quand 10 % des Européens sont au chômage.

En avez-vous vraiment les moyens?
J’ai les moyens de proposer et d’ouvrir le débat.

Pour beaucoup, l’Europe reste synonyme de maux… C'est exact. Je reconnais que ces 15 dernières années, on est allé trop loin dans certaines dérives du libéralisme. il faut que les gens sachent que nous avons tiré les leçons de la crise. L’Europe qui protège commence à s’organiser. Mais beaucoup d’hommes politiques, de droite ou de gauche, transforment Bruxelles en bouc émissaire de leurs insuffisances. C’est un peu facile.

L’Europe politique, elle, ne voit toujours pas le jour… Si on veut se protéger, si on veut être une puissance mondiale, il faut être ensemble. L’Europe politique n’est plus une option. C’est une nécessité, sinon chaque Européen sera sous influence américaine et chinoise.

N’est-il pas trop tard?
Il est tard, mais pas trop tard. Je pense que nous avons 4 ou 5 ans, pas plus, pour choisir le chemin. Le choix n’est pas entre la France et L’Europe. Elles vont ensembles. Il est entre une Europe indépendante et une Europe sous traitante et sous influence.