La BCE devrait attendre juin ou juillet pour une nouvelle hausse de taux

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La Banque centrale européenne (BCE) devrait garder son principal taux directeur inchangé jeudi lors de la réunion de son conseil des gouverneurs à Helsinki mais de nouvelles hausses se profilent, selon les économistes.

Début avril, la BCE, arguant de l'accélération de l'inflation en zone euro, avait décidé de relever à 1,25% son taux directeur, qui stationnait depuis près de deux ans au niveau historiquement bas de 1%.

Son président Jean-Claude Trichet avait alors déclaré que cela n'augurait pas du début d'un cycle, ce qui n'a convaincu ni les marchés ni les économistes. D'autant que les déclarations depuis de plusieurs de ses responsables laissent entendre le contraire.

"Il est évident que la hausse d'avril n'est pas la dernière de l'année", estime Carsten Brzeski d'ING, à l'instar de ses confrères. Leur opinion diverge en revanche sur la date de la prochaine: juin ou juillet?

Pour les économistes de RBS ou Berenberg, la poursuite de la flambée des prix dans la zone euro fait pencher la balance en faveur de juin.

En avril, l'inflation s'est élevée à 2,8% sur un an, son plus haut niveau depuis 30 mois. Une évolution qui provient à "100% du poste énergie et alimentation", les autres prix -des services, des biens manufacturés, qui représentent les trois quart de l'indice- n'étant pas concernés, selon Jean-Luc Proutat de BNP Paribas.

"Pour que le phénomène dure, il faudrait des effets de second tour, c'est à dire un impact sur les salaires. Cela, on ne le voit pas", poursuit-il.

M. Trichet, s'il admet l'absence d'effets de second tour jusqu'ici, a souligné à plusieurs reprises la nécessité de s'en prémunir et rappelé que le mandat unique de la BCE est de contenir l'inflation sous le seuil des 2% à moyen terme.

L'absence de ces effets de second tour pour l'instant, ainsi que l'aggravation de la crise de la dette, sur fond de spéculations incessantes sur une restructuration de la dette grecque, pourrait toutefois l'amener à "retarder la prochaine hausse" qui n'interviendrait qu'en juillet, estiment notamment les économistes de Goldman Sachs.

Qu'elle intervienne "dans un mois ou deux, la question importante est de savoir jusqu'où ils iront", estime toutefois Jonathan Loynes, de Capital Economics. Pour Carsten Brezski, le tour de vis d'avril n'était "clairement pas assez important pour empêcher les effets de second tour d'émerger ni pour normaliser les taux d'intérêt".

Michael Schubert et Jörg Krämer de Commerzbank pensent que le resserrement monétaire interviendra à "un rythme modéré". Et marchés comme économistes parient sur un taux culminant à 1,75% ou 2% en fin d'année.

Lors de la conférence de presse qui suivra le conseil des gouverneurs, M. Trichet devrait essuyer un feu nourri de questions sur les banques dépendantes de ses prêts illimités à taux fixes, mesure introduite pendant la crise et maintenue pour l'instant jusqu'en juillet, ainsi que sur son programme de rachat d'obligations publiques (SMP) sur le marché secondaire.

Lundi, la BCE a annoncé qu'elle ne l'avait pas mis en application la semaine dernière, pour la cinquième fois consécutive, confirmant qu'elle ne veut plus s'acquitter de cette tâche.

Selon Citi, la BCE pourrait y mettre un terme après le sommet des chefs d'Etat et de gouvernements européens fin juin.

Un sommet au cours duquel devrait être désigné le successeur de M. Trichet, dont le mandat de huit ans s'achève le 31 octobre.

Le président de la Banque d'Italie Mario Draghi, qui a reçu le soutien de la France, a toutes les chances de lui succéder même si l'Allemagne lui refuse son aval officiel pour l'instant.