Philippe Marini: «Si notre programme se base sur une croissance trop optimiste, il ne sera pas crédible»

INTERVIEW Le très influent rapporteur général de la commission des finances du Sénat, Philippe Marini (UMP), a demandé au ministère de l’Economie de revoir ses prévisions de croissance à la baisse...

Guillaume Boulord

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Philippe Marini
Philippe Marini — ERIC FEFERBERG/AFP

Vous avez déclaré mercredi que le ministère de l'Economie devait revoir à la baisse ses prévisions de croissance pour 2012. Pourquoi?

Bercy prévoit actuellement une croissance de 2,25% en 2012, et de 2,5% pour 2013 et 2014. Ces taux sont sensiblement supérieurs à ceux prévus par les économistes professionnels et les banques. Il y a actuellement consensus de leur part autour des prévisions pour dire que la croissance tournera autour de 2% ces trois prochaines années. Nous demandons à Bercy de baser sa politique sur ce chiffre-là.

Quelles peuvent être les conséquences d’une prévision de croissance trop optimiste?

Quelle que soit leur couleur politique, les gouvernements français ont toujours affiché une croissance optimiste. Nous devons être les derniers à faire ça. Considérer que le taux de croissance a un impact psychologique est contestable. Cela n’a aucun sens. Une prévision de croissance est avant tout liée à la conjoncture. Si notre programme de stabilité et de croissance, qui fixe des objectifs en termes de déficit budgétaire pour les trois années à venir, se base sur une croissance trop optimiste, il ne sera pas crédible. C'est un sentiment partagé par l'ensemble des commissions des finance en France.

Le fait d’afficher une croissance trop optimiste peut-elle aussi avoir des conséquences sur le déficit budgétaire de la France?

A terme, la France doit tenir son objectif de revenir à 3% de déficit en 2014. Si la croissance est moins bonne que prévue, il faudra de toute façon faire des efforts. La position de la commission des finance du Sénat a toujours été la même à ce sujet. Nous allons examiner avec intérêt la loi de finance pour 2012, afin de ramener le défit de 4,6% du PIB l'an prochain. Par exemple, nous préconisons de revoir la taxe sur l’hôtellerie et la restauration à 5,5%. Nous proposons un taux intermédiaire de 8%. De même pour la réforme de la taxe professionnelle, qui coûte en temps normal 5 milliards d’euros par an. Nous aimerions une réévaluation de celle-ci.