Altran: le PDG refuse son éviction, s'en remet aux actionnaires

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Le PDG du groupe de conseil en technologies Altran Technologies Yves de Chaisemartin a refusé l'injonction de son principal actionnaire, qui exigeait sa démission, et a décidé de porter le conflit devant les actionnaires qui devront trancher en assemblée générale.

Altranfin Participations, holding contrôlée par les fonds Apax, a annoncé mercredi qu'il proposerait à la prochaine assemblée générale d'Altran, le 10 juin, de nommer Philippe Salle à la place M. de Chaisemartin, 60 ans.

Dans la foulée, le titre Altran a décroché en Bourse, perdant jusqu'à 6% avant de clôturer en baisse de 3,08%, à 5,03 euros.

Dans son communiqué, où ne figurait pas le nom de M. de Chaisemartin, le premier actionnaire d'Altran, qui détient 19,2% du capital et 31,2% des droits de vote, indiquait qu'il avait pris cette décision au vu des "nouveaux défis à relever" pour le groupe "dans un contexte de sortie de crise".

Philippe Salle a "dirigé avec succès des grands groupes internationaux", tels que Geoservices et Vedior pour l'Europe du sud, et "possède une très forte expérience des métiers du conseil", avait-il fait valoir.

"Je tombe des nues. Je n'ai jamais eu en trente mois, depuis que j'ai présenté la stratégie d'Altran, l'ombre d'une critique de la part d'Apax", a réagi Yves de Chaisemartin auprès de l'AFP.

Il a indiqué que l'actionnaire principal lui avait "proposé de démissionner" et qu'il avait refusé. Il a affirmé s'en remettre au vote des actionnaires, qui seront les arbitres de ce "bras de fer".

Le PDG a contesté la méthode suivie par Apax, qui n'a pas soumis sa proposition au comité des nominations du groupe et se comporte comme s'il était le "propriétaire, alors qu'il n'est qu'un actionnaire minoritaire".

"Personne n'a vu M. Salle, personne ne sait quel est son plan, sa stratégie", s'est-il étonné.

M. de Chaisemartin a également défendu son bilan à la tête du groupe, qu'il dirige depuis septembre 2006 après avoir effectué l'essentiel de sa carrière au sein du groupe Hersant au sein duquel il a été président du directoire du Figaro, PDG de France-Soir, et directeur général de La Cinq.

"On se bat depuis six ans, on a réussi la transformation du groupe, on maîtrise nos coûts", a plaidé le dirigeant, faisant valoir que le titre Altran a augmenté de près de 60% depuis début janvier.

Altran a réduit sa perte en 2010, divisée par trois à 26 millions d'euros. La marge opérationnelle s'est établie à 4,8% sur l'année et 7,1% dans la seconde moitié de 2010, qui a vu la société renouer avec les bénéfices.

Pour 2011, M. de Chaisemartin juge le groupe capable de dégager une marge à deux chiffres, pourvu qu'on "nous laisse le faire jusqu'au bout".

Un analyste ayant requis l'anonymat s'est étonné du moment choisi par l'actionnaire pour évincer le PDG, sachant qu'Altran est "en voie de redressement". Il s'est interrogé sur l'existence de divergences stratégiques avec l'actionnaire, portant sur la filiale américaine Arthur D. Little, cabinet de conseil en stratégie qui avait particulièrement souffert de la crise.

A ce sujet, M. de Chaisemartin a indiqué que la décision de réaliser une "revue stratégique" de cette activité, en vue de son éventuelle cession, avait été prise "avec l'accord d'Apax".

S'il met au crédit du PDG d'avoir engagé le redressement du groupe, l'analyste note toutefois que sa performance opérationnelle reste moindre que celle d'Alten, un de ses principaux concurrents.