Qui est Mario Draghi, le probable futur banquier de la zone euro?

ÉCONOMIE l devrait remplacer Jean-Claude Trichet en novembre...

Thibaut Schepman

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Le gouverneur de la banque centrale italienne, Mario Draghi, à gauche, aux côté de la ministre française de l'Economie, Christine Lagarge, et du gouverneur de la banque centrale française Christian Noyer, à Bercy, avant la réunion du G20 à Paris le 19 février 2011.
 
 
Le gouverneur de la banque centrale italienne, Mario Draghi, à gauche, aux côté de la ministre française de l'Economie, Christine Lagarge, et du gouverneur de la banque centrale française Christian Noyer, à Bercy, avant la réunion du G20 à Paris le 19 février 2011.     — AFP PHOTO / POOL / CHARLES PLATIAU

On l’appelle «Super Mario». Depuis la fin des années 80, où il a participé à la rédaction du Traité de Maastricht tout en oeuvrant, en autres, à faire entrer l’Italie dans le club très fermé des premiers pays à pouvoir adhérer à l’euro, Mario Draghi a l’image d’un énorme travailleur et d’un grand connaisseur des questions européennes.

Aujourd’hui, il est le plus en vue pour prendre la tête de la Banque centrale européenne, à la place de Jean-Claude Trichet, dont le mandat expire en novembre prochain. Notamment parce qu’il est capable «parvenir au consensus au sein du Conseil des gouverneurs de la BCE», observe Marco Valli, analyste de la banque UniCredit.

Un pari similaire au défi qu’il a relevé lorsqu’il a succédé, en 2005, à Antonio Fazio à la tête de la Banque d'Italie, alors touchée par un scandale. «Le prestige de la Banque d'Italie était en lambeaux après Fazio et je pensais qu'il faudrait une génération pour le rétablir mais voilà que se pointe ce type, tout sourire, et tout est remis d'aplomb en l'espace de quelques mois», explique un responsable de la Banque d'Italie. 

«Petite révolution»

Mais sa nomination à la tête de la BCE n’a rien d’une évidence.  «Il y a trois mois, personne n’aurait pensé que Mario Draghi serait favori pour ce mandat», rappelle Frederik Ducrozet, analyste au Crédit Agricole SA. Il y a en effet une règle tacite qui veut que la BCE soit dirigée par un ticket réunissant un européen du Nord et un européen du Sud. Or, le vice-président de la banque centrale étant actuellement le portugais Victor Constancio, la nomination d’un Italien serait une petite révolution. «Ce serait toutefois un très bon signal pour les pays dits périphériques. L’Europe leur demande des efforts considérables, mais ils ont plus que jamais leur place dans les institutions européennes», nuance Frederik Ducrozet.

Pour être nommé par les les chefs d'État ou de gouvernement des États de la zone euro, il devra aussi faire oublier son passage controversé à la banque Goldman Sachs, très mal vue en Europe pour avoir contribué au désastre de la dette publique grecque.  Et surtout, il devra convaincre Angela Merkel, la chancelière allemande, de le soutenir. Celle-ci n’a toujours pas fait de déclaration à ce sujet depuis que son favori pour le poste, le président de la banque centrale allemande Axel Weber, a renoncé à se présenter.

Rigueur monétaire

Pour se faire, Mario Draghi devrait s’engager à poursuivre la politique très stricte en matière monétaire de la zone euro. «Venant du sud de la zone euro, il est vu, à tort ou à raison, comme quelqu’un qui serait plus tolérant vis-à-vis de l’inflation. S’il est nommé, il risque d’être encore plus strict encore pour se défaire de cette réputation, alors que personnellement il est plutôt sur une ligne médiane, ni interventionniste ni laxiste», prévoit Frederic Ducrozet.

Mario Draghi devrait donc faire remonter les taux directeurs, et donc le prix de l’argent prêté par la BCE, dès que c’est possible, pour éviter une valse des étiquettes, alors que la Banque centrale américaine, la Fed, est plus laxiste et préfère laisser les taux bas pour relancer l’activité.

Sa seule touche italienne devrait rester sa mise. Qu'il pleuve ou qu'il vente, l’homme a en effet pour habitude de ne jamais porter de manteau sur ses costumes noirs coupés sur mesure par le même tailleur depuis toujours.