La Bourse suisse se cherche un avenir sur l'échiquier des places financières

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Coincée entre les géants boursiers NYSE Euronext, Deutsche Börse et la Bourse de Londres, la petite place indépendante suisse pourrait chercher à fusionner avec un puissant voisin, estiment les analystes.

Farouchement indépendante ou intégrée au sein d'un grand acteur du secteur ? Officiellement, Six Group, qui chapeaute les activités de négoce et de services de titres, d'informations financières et de services de paiements de la Bourse suisse, ne communique pas sur le sujet.

Mais face au projet de méga-fusion entre NYSE Euronext et Deutsche Börse, qui donnerait naissance à la première place financière au monde, le patron suisse de l'opérateur boursier allemand, Reto Francioni, a laissé entendre dans un entretien au journal dominical NZZ am Sonntag qu'un rapprochement avec le voisin helvétique pourrait être envisagé.

Une tentative de fusion entre les places de Francfort et de Zurich a pourtant déjà échoué en 2004 suite au refus des Suisses.

Mais la Bourse helvétique, qui affichait fin 2010 une capitalisation boursière de 1.145 milliards de francs suisses (892 milliards d'euros), fait pâle mine à côté des géants du secteur.

NYSE Euronext (Etats-Unis et Europe) totalisait ainsi à la fin de l'année dernière une capitalisation de 16.324 milliards de dollars (11.172 milliards d'euros) et la Bourse de Londres 3.613 milliards, selon la fédération des places boursières WFE.

La place zurichoise s'est certes engagée dans des activités communes avec son voisin allemand (Scoach pour l'activité de dérivés, Stoxx pour les indices boursiers et le marché à terme Eurex), et elle est présente dans 22 pays. Mais une coopération renforcée avec une autre place européenne pourrait s'avérer judicieux, estiment les spécialistes.

"La Bourse suisse a fortement perdu du terrain" face aux plates-formes de négoce alternatives, a indiqué à l'AFP Manuel Ammann, professeur de finances à l'université de St-Gall. "Le marché des dérivés est toujours profitable, mais l'activité traditionnelle de négoce de titres est sous pression", a-t-il ajouté.

Pour faire face aux places alternatives, les Bourses traditionnelles, de surcroît alourdies par un environnement régulatoire contraignant, opèrent des fusions et unifient leurs technologies, ce qui leur permet de réduire les coûts, a expliqué M. Ammann.

Une fusion entre la Bourse suisse et un voisin "apporterait certainement des synergies", a estimé pour sa part Christian Muschick, analyste à Silvia Quandt & Cie.

"La situation devient plus difficile pour les petites places boursières" qui ont du mal à réduire leurs coûts comme le font leurs grands homologues, a-t-il souligné.

L'actionnariat de la place suisse, détenue par environ 150 banques, risque cependant de compliquer la tâche. "Il s'agit avant tout d'une question politique" de vouloir fusionner la Bourse helvétique, qui perdrait alors son indépendance si chère à la Confédération, a ajouté M. Muschick.

Mais la création de géants du secteur est loin d'être couronnée de succès, préviennent les spécialistes. "Il est encore assez incertain si la stratégie des fusions va apporter les avantages escomptés", a prévenu M. Ammann.

Et pour Christian Muschick, la situation pourrait très bien s'inverser à moyen terme. "Si les grandes Bourses deviennent trop arrogantes, les acteurs du marché pourraient très bien se tourner vers des places alternatives", a-t-il estimé.