La valeur de l'or grimpe, les Français vendent leurs pièces et bijoux

Thibaut Schepman

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Des lingots d'or.
Des lingots d'or. — THOMAS COEX / AFP

«Depuis quelques semaines, nous sommes débordés». Pour Daniel Blin, agent de change, la flambée des cours de l’or est synonyme de forte affluence dans son bureau situé rue Vivienne, dans le IIe arrondissement de Paris. «Les clients sont de plus en plus nombreux, et nous avons du mal à assumer à la fois les transactions, les expertises et les nombreux conseils que nous donnons aux clients pour se repérer sur ce marché très spécifique», explique-t-il.

Toute la journée, des centaines de personnes passent devant chaque boutique, pour lire les prix inscrits sur les devantures. Ces clients viennent acheter ou vendre des bijoux en or, de l’argenterie, mais surtout des pièces en métaux précieux. Des petits trésors rangés dans les tiroirs, dans les greniers, ou même «cachés derrière le carrelage du mur de la salle de bain», comme l’assure un client.

208 euros le Napoléon

Thierry, 25 ans, vient lui pour vendre trois Napoléon de 20 francs, hérités de sa grand-mère il y a cinq ans. «Je pensais les garder longtemps, mais j’ai un peu besoin d’argent ces derniers temps. Quand j’ai entendu parler de la hausse du prix de l’or, je me suis souvenu de ces pièces. Je pense que c’est le bon moment pour les vendre, autant qu’elles servent à quelque chose après tout», témoigne-t-il. Ce mercredi, le Napoléon s’achète 197 euros dans une première boutique, et 199 euros un peu plus loin. Il choisira la seconde boutique, mais versera une commission d’1,5% et 8% d’impôts.

De même, Daniel est venu liquider les pièces en or reçues le jour de sa communion. Quarante ans après, il compte en toucher environ deux cents euros. De quoi financer une partie du voyage estival. «Ou une nouvelle cuisine», ajoute sa compagne, Brigitte.

Petit pécule

Mais les clients ne viennent pas seulement pour vendre. «Il y a aussi une bonne partie des gens qui viennent pour acheter des pièces», assure Daniel Blin. «Les placements en Bourse ou dans les banques rapportent peu et les clients savent que l’or est une valeur refuge», analyse l’agent, précisant que «le prix élevé ne les décourage pas». C’est le cas de Xavier, venu en famille pour «offrir un cadeau». «Deux de mes neveux qui vivent aux Etats-Unis viennent en France pour un petit séjour». Pour fêter cette venue, le professeur de piano de banlieue parisienne a choisi de leur offrir des pièces d’or «parce que cela a une valeur symbolique et que cela reste un pécule en cas de soucis». « On le faisait beaucoup dans le temps», rappelle-t-il.

Ces clients néophytes amusent les habitués des lieux. «Un numismate comme moi ne revendra jamais ses pièces pour faire des plus-values. Les pièces ont une histoire forte, il s’agit d’une passion de collectionneur, pas d’un jeu de spéculateur», s’amuse Georges, 82 ans et «collectionneur depuis toujours». Avant de reconnaître : «Si je veux investir, je choisis la Bourse. Je suis les cours de très près et en ce moment, il faut acheter !»