Le printemps arabe au coeur des débats du FMI et de la Banque mondiale

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Les 187 Etats membres du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale discutent samedi à Washington de l'aide à apporter aux pays arabes dont les peuples ont affirmé leurs aspirations démocratiques, mais dont l'économie souffre.

Le Comité monétaire et financier international, instance de 24 pays chargée de définir les grandes orientations politiques du FMI, doit tenir sa réunion semestrielle dans la matinée.

Puis le Comité de développement, composé de 24 pays également et qui conseille le FMI et la Banque mondiale sur l'aide aux pays en développement, doit se retrouver dans l'après-midi.

Le CMFI a été directement touché par le "printemps arabe". Il était présidé jusqu'en février par le ministre des Finances égyptien Youssef Boutros-Ghali, qui a dû démissionner après avoir été limogé, avec la moitié du gouvernement, par le président Hosni Moubarak. Une semaine plus tard, M. Moubarak quittait le pouvoir sous la pression populaire.

La présidence a été prise par le ministre des Finances de Singapour, Tharman Shanmugaratnam.

L'après-révolution en Egypte et en Tunisie et l'aide à d'autres pays arabes, dont les populations réclament plus de justice sociale et de meilleures perspectives économiques, a été au centre des attentions à Washington depuis jeudi.

La France, présidente du G20, et les Etats-Unis ont annoncé jeudi "un plan d'action commun" de cinq institutions internationales d'aide au développement pour la région Afrique du Nord, Proche et Moyen-Orient.

Le FMI a été chargé d'une évaluation économique. D'après ses projections, les pays arabes exportateurs de pétrole sont favorisés par la hausse des cours du brut.

Mais ceux qui en importent devraient afficher en 2011 une croissance autour de 2%, très insuffisante par rapport à leur croissance démographique, dans un contexte de prix de l'énergie et de l'alimentation élevés.

"Certaines sources de revenus, le tourisme par exemple, pourraient être moins élevées qu'elles ne l'étaient l'année dernière", soulignait vendredi le directeur général de l'institution Dominique Strauss-Kahn.

"Nous pouvons bâtir ensemble un avenir meilleur pour ces pays. Et ce n'est pas seulement important pour l'Egypte et la Tunisie, c'est important pour le monde entier parce que cet exemple est un exemple qui va avoir beaucoup de répercussions", affirmait-il.

Le FMI se dit prêt à intervenir rapidement si la demande lui est faite. Mais ces deux pays ne semblent pas encore prêts à faire ce pas.

L'institution, qui a envoyé des fonctionnaires à Tunis et au Caire, en est encore au stade de l'évaluation. Et les délégations tunisienne et égyptienne venues à Washington cherchent d'abord d'autres financements.

La Tunisie, qui négocie avec diverses sources, n'a "pas encore vu de besoins de financement supplémentaires qui devraient être satisfaits par le Fonds", a expliqué vendredi le directeur du FMI pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, Masood Ahmed.

L'Egypte consulte "avant de prendre une décision définitive pour savoir si elle a besoin d'un financement de notre part, et de quel type", a-t-il ajouté.

Au-delà des questions financières, la colère de la rue a poussé les dirigeants économiques du monde à repenser leurs priorités et leurs modèles.

Selon le secrétaire général de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, Supachai Panitchpakdi, "dans ses dimensions économiques, le soulèvement n'est pas seulement le reflet d'un mécontentement dû au chômage, aux faibles salaires et à la pauvreté".

"Il représente également un jugement sur les choix de commerce international et de politique économique faits dans la région ces dernières décennies", devait-il ajouter dans sa déclaration au CMFI, selon le texte de son intervention mis en ligne par le FMI.