La France a-t-elle les moyens de financer le revenu citoyen de Dominique de Villepin?

ÉCONOMIE l propose un revenu universel de 850 euros minimum par personne...

Thibaut Schepman

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Dominique de Villepin sur le plateau de «C Politique» le 10 avril 2011.
Dominique de Villepin sur le plateau de «C Politique» le 10 avril 2011. — B. GUAY / AFP

Assurer à tous un revenu minimum, tout au long de la vie et avec très peu de conditions. C’est l’ambition de Dominique de Villepin, présentée jeudi dans son programme présidentiel. L’ancien premier ministre propose que tout citoyen français majeur dispose d’un «revenu citoyen» de 850 euros par mois minimum, toutes aides et allocations comprises, «pour préserver la dignité». Il souhaite que ceux qui gagnent moins de 1.500 euros reçoivent également un complément de revenu, dégressif selon le salaire. Concrètement, une personne sans aucun revenu recevrait 850 euros, un salarié touchant 750 euros recevrait 250 euros et un smicard toucherait 150 euros de revenurevenus citoyen.

L’idée est ancienne, et a été proposée sous le nom de «revenu de vie» ou «revenu de base» par les altermondialistes, mais aussi d’ «impôt négatif» par le très libéral Milton Friedman. Dans chaque cas, une question s’impose: comment financer une telle mesure?

30 milliards d’euros

Dominique de Villepin chiffre son coût à 90 milliards d’euros, à laquelle il faut ôter 60 milliards de réaffectation d’allocations sociales et de retour sur TVA. Restent 30 milliards à financer. Le programme propose d'en financer la moitié en doublant l’impôt sur le revenu des 500.000 foyers fiscaux français disposant des plus hauts revenus, et pour la seconde moitié d’augmenter de 2,5% la TVA, à 22%.

L’impôt sur le revenu rapporte aujourd’hui 60 milliards d’euros. Augmenter les entrées de 15 milliards d’euros représente donc une hausse de 25% de cet impôt, note Guillaume Allègre, économiste à l’OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques). Une augmentation énorme, qu'il serait «irréaliste» de faire supporter uniquement à une aussi petite partie des contribuables français selon lui. «L’augmentation d’impôt sur le revenu envisagée serait de 30.000 euros pour chacun des 500.000 foyers disposant des plus hauts revenus, c’est énorme».  De même pour la TVA:  «Dominique de Villepin espère peut-être que l’on remarque moins la hausse des taxes avec cet impôt indirect qu’est la TVA. Mais augmenter de 2,5% la TVA, c’est tout à fait conséquent, et le pouvoir d’achat de ceux qui gagnent 1.500 euros va baisser».

Pas indolore

Bilan: même si «les deux mesures fiscales choisies tentent d’en cacher le coût réel, l’institution d’un revenu citoyen ne sera en aucun cas indolore», note Guillaume Allègre.  Pour le financer, «il faudrait être plus cohérent et augmenter les impôts sur le revenu de tous, de manière transparente et progressive», conseille-t-il. De son côté, le magazine Alternatives économiques propose lui d’augmenter la CSG (Contribuation sociale généralisée) proportionnellement aux revenus de chacun. L’avantage de la CSG est qu’elle taxe l’ensemble des revenus, et échappe donc aux éventuelles niches. Le magazine précise qu'avec cette mesure,  le niveau de vie moyen du dixième le plus favorisé de la population serait 4,6 fois plus élevé que celui du dixième le moins favorisé, contre 6,6 fois aujourd’hui. Un vrai choix de société. Mais, dans les deux cas, «il faut être transparent et rappeler que ce sont les 60% les plus aisés qui financeraient le revenu citoyen des 40% des Français les plus démunis», insiste l’économiste de l’OFCE.

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