L'Egypte va revoir tous ses accords gaziers, y compris avec Israël

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L'Egypte a décidé mercredi de revoir tous ses accords de fourniture de gaz, y compris avec Israël dont les achats conclus sous l'ex-président Hosni Moubarak étaient très critiqués par l'opposition.

Le Premier ministre Essam Charaf "a ordonné de réviser et de réexaminer les traités gaziers de l'Egypte avec l'ensemble des pays, y compris la Jordanie et Israël, pour le vendre à des prix justes qui réalisent les plus hauts revenus pour l'Egypte", a rapporté l'agence officielle Mena.

D'après M. Charaf, la révision des accords pourrait rapporter "une hausse des recettes estimée à entre 3 et 4 milliards de dollars", un supplément appréciable alors que l'Egypte subit les contrecoups économiques de la révolte qui a renversé M. Moubarak en février.

Le Premier ministre recevra dès jeudi le ministre jordanien de l'Energie pour examiner cette question, selon un porte-parole de M. Charaf cité par la Mena.

L'Egypte fournit 43% du gaz naturel utilisé en Israël, essentiellement pour des centrales électriques.

En décembre dernier, quatre entreprises israéliennes avaient signé des accords d'achat de gaz égyptien sur une période de 20 ans pour un montant évalué entre cinq et dix milliards de dollars.

Avec ces nouveaux contrats, le groupe israélo-égyptien East Mediterranean Gas (EMG), qui avait déjà passé une série de contrats avec des entreprises israéliennes depuis 2005, devait fournir à l'Etat hébreu un total de six milliards de m3 de gaz pour une valeur de 19 milliards de dollars.

Ces contrats ont été très critiqués par l'opposition égyptienne, notamment islamiste, qui estime qu'ils ont été consentis à des prix trop bas et reviennent à une normalisation des relations avec l'Etat hébreu.

Elle considère également comme illégales les fournitures à Israël car elles n'ont pas été approuvées par le Parlement.

L'Egypte est le premier pays arabe à avoir conclu la paix avec l'Etat hébreu en 1979, un geste salué par la communauté internationale mais impopulaire au sein de la population égyptienne, très critique envers la politique israélienne vis-à-vis des Palestiniens.

Le Caire a toutefois rapidement assuré que cet accord de paix ne serait pas remis en cause après la chute de l'ancien président, qui en était un ferme garant.

Israël s'était inquiété pendant le soulèvement populaire qui a débouché sur la démission de M. Moubarak pour ses approvisionnements en gaz naturel en provenance de l'Egypte.

Quant à la Jordanie, dont le gaz égyptien couvre 80% des besoins électriques, elle importe 6,8 millions de mètres cubes de gaz par jour d'Egypte.

Suite à une attaque à l'explosif début février contre un gazoduc approvisionnant la Jordanie, les autorités égyptiennes avaient coupé l'approvisionnement sur deux conduites, l'une livrant du gaz à Israël, l'autre à la Jordanie.

La fourniture de gaz à ces deux pays a partiellement repris à la mi-mars.

Un responsable jordanien avait indiqué début mars que l'Egypte avait annoncé à la Jordanie vouloir augmenter le prix du gaz, qu'elle vend à un tarif préférentiel de 3 dollars pour un million de BTU (British Thermal Unit) alors que le prix du marché est de 6 à 7 dollars.

La révolte s'est traduite par une révision à la baisse de la croissance égyptienne, due notamment à une forte chute de la fréquentation touristique -un des premiers secteurs d'activité du pays- et à une vague de conflits sociaux.

La Bourse du Caire a rouvert fin mars après une fermeture de près de deux mois provoquée par les troubles politiques.