Les pétroliers brandissent la menace du super à 2 euros pour le gaz de schiste

ECOLOGIE Alors qu'une proposition de loi vise à interdire son exploitation...

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Le prix du gazole, carburant le plus consommé en France, est tombé sous la barre de 1 euro le litre la semaine dernière en France, pour la première fois depuis le 19 janvier 2007, a indiqué lundi à l'AFP l'Union française des industries pétrolières (Ufip).
Le prix du gazole, carburant le plus consommé en France, est tombé sous la barre de 1 euro le litre la semaine dernière en France, pour la première fois depuis le 19 janvier 2007, a indiqué lundi à l'AFP l'Union française des industries pétrolières (Ufip). — Pierre Andrieu AFP/Archives

En agitant la menace d'un litre de super à 2 euros, la filière du pétrole plaide pour qu'on la laisse investir plus dans la recherche d'énergies, notamment dans le pétrole et gaz de schiste, au moment où le gouvernement veut interdire ces hydrocarbures non-conventionnels.

Le PDG de Total, Christophe de Margerie, a mis le feu aux poudres mardi en jugeant inévitable que le litre de super crève le plafond sans précédent de 2 euros, dans une interview au Parisien. «Cela ne fait aucun doute», a-t-il répondu à la question de savoir si un tel scénario était «inéluctable». «La vraie question, c'est quand? Il faut espérer que cela n'arrive pas trop vite, sinon les conséquences seront dramatiques», a-t-il affirmé.

Interrogé par l'AFP, le président de l'Union française des industries pétrolières, Jean-Louis Schilansky, reprend à son compte le terme «inéluctable», alors que le super sans plomb 95 a battu un nouveau record à 1,53 euro/litre en moyenne la semaine passée. Pour autant, il relativise et ne voit pas le plafond des 2 euros/litre sauter «relativement vite, sauf si les troubles géopolitiques continuent dans les pays pétroliers et se propagent, notamment aux Emirats Arabes Unis et au Koweït».

98% du gaz en France importé

Pour le moment, il n'y aucune inquiétude à avoir car, en mars, la baisse de la production libyenne a été compensée par une hausse de l'offre chinoise ou brésilienne, a estimé mardi l'Agence internationale de l'énergie (AIE). De plus la production des pays de l'Opep reste de son côté supérieure aux niveaux des années passées, grâce notamment à une hausse de la production en Arabie saoudite depuis le début de l'année, souligne l'AIE.

Pour le président de l'Ufip, trois conditions sont nécessaires pour éviter une «hausse trop brutale» du prix des carburants: «investir des sommes considérables pour trouver plus de pétrole, développer les énergies renouvelables et continuer les économies d'énergie dans tous les domaines».

«La France, qui importe 98% de son gaz et 99% de son pétrole, doit pouvoir développer les nouvelles technologies de recherche», plaide M. Schilansky pour qui, dans ce contexte, «se priver du pétrole et du gaz de schiste n'est pas très raisonnable». Le patron de Total s'est insurgé dans Le Parisien contre la proposition de loi du président des députés UMP Christian Jacob visant à interdire l'exploration et l'exploitation en France des gaz de schiste.

Le gaz de schiste interdit?

«C'est vraiment mettre la charrue devant les boeufs!», a critiqué Christophe de Margerie. «On se moque du monde! Avant même qu'on ait eu le temps simplement de pouvoir évaluer ce qui existait, on a dû faire face à une campagne outrancière - et je pèse mes mots - contre cette ressource potentielle». Le gouvernement a ouvert la voie mardi à l'examen en urgence le 10 mai de la proposition de Christian Jacob.

L'Association des foreurs d'huile et gaz de schiste a aussitôt demandé, dans une lettre ouverte aux députés, que l'un de ses adhérents soit auditionné avant cet examen. «Quelque 6.000 forages ont été effectués en France dont 3.800 se trouvent dans le Bassin de Paris soit environ 1.500 forages d'exploration, qui ont découvert quelques 55 champs de pétrole et un champ de gaz au cours des années 50», relèvent les foreurs.

Ils s'efforcent de minimiser les accusations de pollution des sous-sols avec les produits chimiques utilisés pour les forages de gaz de schiste, en affirmant que ces substances ne représentent que 0,5% du volume injecté pour l'extraction.