Le programme économique du FN est-il viable?

ÉCONOMIE l a été présenté officiellement vendredi...

Thibaut Schepman

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J.DEMARTHON / AFP

Le Front national a présenté vendredi officiellement les grandes lignes de son programme économique pour l’élection présidentielle de 2012. Principale mesure: la sortie rapide de l’euro, «la zone économique la plus absurde du monde», qui doit permettre de relancer l’économie française. Un optimisme que personne ne partage, mis à part les trois conseillers économiques du Front, dont deux ont préféré gardé l’anonymat.

Aucune source

Une fois au pouvoir, le Front national ferait à nouveau imprimer des billets en franc. Sa valeur serait d’abord fixée à 1 franc égal 1 euro, puis serait fortement dévaluée pour «relancer la croissance». Une idée «farfelue» pour Dominique Seux, le rédacteur en chef du quotidien Les Echos.

En cas de dévaluation, il faudrait en effet plus de francs pour acheter des produits en euro. La facture de biens importés, comme le pétrole, exploserait alors et ferait grimper les prix à la consommation en France. Le Front prévoit également que la Banque de France, désormais maître de la monnaie française, «créé de la monnaie pour rembourser la dette publique». Or faire tourner la planche à billets alimenterait aussi l’inflation, ce qui risque de réduire plus encore la valeur du franc, déclenchant un cercle vicieux.

Mais les économistes du Front assurent qu’il n’y aura pas de valse des prix. Ils comptent même économiser 40 milliards d’euros par an pour réduire la dette française grâce à leur nouvelle politique d’immigration. Sauf que les études sur le sujet notent plutôt un impact positif de l’immigration sur les finances publiques. Et que, comme pour le reste de leur programme, les économistes du FN n’apportent aucune source pour justifier ce chiffre de 40 milliards d'euros, comme le note le journaliste économique du Figaro, Marc Landré, sur son blog.

«Crise plus grave que celle des subprimes»

Interrogé par 20minutes.fr, Mathieu Plane, économiste à l'OFCE (Observatoire français des conjonctures économiques) estime lui aussi que l’idée d'une sortie de l'euro et d'une dévaluation est «très dangereuse».  «Les Français détiennent environ 5.000 milliards d’euros d’actifs à l’étranger, et de même les non-résidents en France possèdent environ autant de créances sur la France. Ces montants énormes, environ 250% du PIB français, sont libellés en euro. Si l’on dévaluait notre monnaie, cela reviendrait à annuler une grande partie de notre dette à l’égard des banques, des investisseurs et des fonds étrangers. Vu l’importance des fonds concernés, plusieurs d’entre eux feraient faillite, pouvant entraîner une crise systémique plus grave que celle des subprimes. Et nous n’aurions plus aucune chance d’emprunter de l’argent à l’étranger ou à des taux prohibitifs, ce qui serait extrêmement grave pour le financement de notre économie».

 Tarifs douaniers

Le programme du FN prévoit également la mise en place de «tarifs douaniers» et de «quotas à l’importation».  «Nos voisins prendraient immédiatement le même genre de mesures à notre égard, pénalisant notre production à l'exportation, soit 30 % du PIB», s’inquiète Mathieu Plane. «Si au niveau du commerce international, certains problèmes de concurrence déloyale se posent, qu'ils soient sociaux, fiscaux ou environnementaux, c'est via une véritable réflexion européenne qu'on pourra trouver des solutions et non une simple décision brutale et isolée», préconise-t-il. «Croire qu’il suffit de bloquer les produits chinois à la frontière pour que tout aille mieux est court – même s’il y a des marges de manœuvre», confirme Dominique Seux.

Effets secondaires

Les économistes sont très sceptiques face à ce programme économique, pourtant censé convaincre de la capacité du Front à gouverner. «Le pays ne se portera pas mieux après un quinquennat frontiste. Il sera dans un bien pire état», prédit Marc Landré. «Ces mesures sont tellement radicales que leurs effets ne sont pas quantifiables», note pour sa part Matthieu Plane. «La sortie de l’euro entraînerait à elle seule une foule d’effets secondaires extrêmement négatifs. Il y a de vrais problèmes en Europe, notamment en terme de gouvernance économique, mais une sortie par le bas et isolée comme le propose le Front national serait totalement dommageable».