La police du pétrole en manque de moyens pour défendre le trésor de l'Irak

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Le pétrole a beau générer 90% des revenus de l'Etat irakien, la force de police chargée de protéger ce trésor face aux insurgés et contrebandiers manque encore cruellement de moyens humains et matériels, au point de recourir massivement à des contractuels sous-payés.

Hussein Sabah, 21 ans, est l'un d'eux. La semaine, il risque sa vie en assurant la sécurité d'un des généraux de la police du pétrole. Les vendredis et samedis, il conduit son taxi pour arrondir ses fins de mois.

Trois ans qu'il émarge à 300.000 dinars (255 dollars) par mois et le policier n'en peut plus d'attendre une titularisation qui se traduirait par un doublement de sa paie.

"J'espère mais je n'y crois plus, car ils ne font que promettre", confie-t-il, désabusé, lors d'une tournée d'inspection d'un oléoduc dans les zones agricoles de Nahrwan, à 20 km au sud-est de Bagdad.

"Si je suis blessé en service, mon contrat ne prévoit aucune compensation", affirme-t-il en désignant l'intersection où trois de ses collègues ont péri trois mois plus tôt dans un attentat.

Née dans les années 1950, la police du pétrole a été démantelée après la chute de l'ancien régime en 2003, comme l'ensemble des services de sécurité irakiens que la coalition emmenée par les Etats-Unis considérait comme un refuge de partisans de Saddam Hussein.

Huit ans plus tard, sa reconstruction n'est pas achevée, alors que la police doit accompagner le boom pétrolier irakien. Bagdad projette de faire passer sa production à 6 millions de barils par jour en 2014, et à 12 mbj en 2017, contre environ 2,6 mbj à l'heure actuelle.

Les attaques contre cette industrie cruciale pour le redressement du pays ont diminué ces dernières années. Mais l'attentat qui, fin février, a interrompu plusieurs jours la production de la plus grande raffinerie d'Irak, puis le sabotage début mars d'un oléoduc qui a suspendu les livraisons de brut vers la Turquie ont prouvé que le secteur demeurait vulnérable.

Avec un peu moins de 30.000 hommes, la police du pétrole est encore très loin de l'objectif qu'elle doit atteindre à la fin de l'année, selon un plan gouvernemental.

"Il nous manque environ 12.000 policiers", indique le commandant de la force, le général Hamid Ibrahim, qui attribue à Al-Qaïda les récentes attaques.

"Comme le ministère des Finances n'a pas débloqué l'enveloppe nécessaire pour payer le salaire des fonctionnaires, nous devons embaucher des contractuels."

Sur les 30.000 policiers, 8.000 travaillent sous ce régime.

Des champs de pétrole aux stations services, en passant par les 7.500 km d'oléoducs, rien ne doit échapper à la surveillance de cette force à part. Mais faute de ressources, elle doit encore être épaulée par l'armée dans certains secteurs.

Les policiers sont recrutés au plus près des installations, pour mieux inciter la population à protéger elle-même la ressource.

Mais cela n'a pas empêché les auteurs de l'attaque de la raffinerie de Baïji de bénéficier de complicités à l'intérieur de l'usine, déplore le général Ibrahim.

La police du pétrole manque également de matériel. Face à des contrebandiers aux méthodes perfectionnées, l'acquisition de senseurs et de caméras de surveillance est encore un lointain projet, sans parler de moyens aériens qui permettraient d'acheminer rapidement des renforts sur des secteurs reculés.

"Nous travaillons à l'ancienne", explique à Nahrwan le général Sabah al-Saïdi, responsable des opérations de la police du pétrole dans huit provinces du centre de l'Irak.

La surveillance des oléoducs est assurée par des patrouilles à partir de postes de garde installés à intervalles réguliers le long des conduites.

"Si nous ne le faisions pas, les vols reprendraient", confie près de lui le colonel Sabri Ghafar. "Le pétrole est une ressource trop précieuse."