Crise de la dette: Les fonds européens aident-ils vraiment les pays endettés?

ÉCONOMIE es conditions imposées à la Grèce et à l’Irlande ont freiné la croissance...

Thibaut Schepman

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Les drapeaux européens flottent devant le bâtiment de la Commission européenne à Bruxelles, le 11 août 2010.

Les drapeaux européens flottent devant le bâtiment de la Commission européenne à Bruxelles, le 11 août 2010. — BAUMGARTEN/VARIO IMAGES/SIPA

Après la Grèce et l’Irlande, c’est au tour du Portugal de recourir à l’aide européenne. Mais les résultats mitigés des plans d’aides précédents laissent planer des doutes sur les effets à long terme du soutien européen.

Grèce et Irlande toujours en difficulté

Un an après avoir appelé à l’aide l’Union européenne, la Grèce n’est toujours pas sortie d’affaire. Pire, les déficits du pays se sont creusés en 2011, alors que le plan d’aide européen visait justement à aider le pays à réduire ses pertes. On craint même aujourd'hui que le pays ne puisse pas rembourser ses emprunts et doive faire défaut sur sa dette.

L’Irlande, second pays à avoir recouru au soutien financier de l’UE et du FMI, n’a quant à elle pas réglé les énormes dettes de son secteur bancaire. Et sa croissance est aussi en baisse. 

Privatiser le Parthénon

La faute aux plans d’austérité drastiques, conditions d’obtention des subsides européennes, qui ont pénalisé la croissance des pays.

«Les mesures d’austérité ont touché essentiellement les ménages, à travers des réductions du salaire des fonctionnaires, des coupes dans les aides sociales ou une hausse de la TVA», détaille Céline Antonin, économiste à l’OFCE. Problème: en voulant réduire trop rapidement les déficits, ces mesures ont entraîné un «effet boomerang». «La consommation privée et les dépenses publiques ont diminué et ont réduit la croissance. Le PIB a par exemple baissé de 4,2% en Grèce en 2010.» Mécaniquement, la part des déficits dans le PIB s’est donc accrue.

Ce sont en fait des mesures d’urgence, très conjoncturelles, qui ont été adoptées, regrette l’économiste. «La mesure la plus caricaturale, c’est la privatisation du patrimoine culturel grec qui a été proposé aux Grecs. Mais ce n’est pas en privatisant le Parthénon que l’économie grecque va partir sur de meilleures bases!»

Quelle alternative?

Faut-il pour autant vouer aux gémonies l’aide européenne? Il faut rappeler que les plans d’aides sont des réactions d’urgence, qui n’était pas prévues dans les traités européens. Les dirigeants ont donc dû en même temps lancer un plan d’aide d'urgence et tenter de construire un mécanisme permanent de soutien. Ce qui explique le manque de vision à long terme des plans.  

Pour éviter de reproduire les mêmes erreurs avec le Portugal, l’UE devrait d’avantage porter ses exigences sur des mesures structurelles. «Plutôt que de se contenter de limiter les déficits, on peut chercher une sortie par le haut», analyse Céline Antonin. Par exemple, en reformant le système de santé du pays, peu efficace. «Il ne s’agit pas de couper dans les aides sociales mais d’être plus performant avec autant d’argent dépensé», note-t-elle. Ou encore en restructurant son secteur industriel, peu compétitif car concentré sur des secteurs à faible valeur ajoutée, comme le textile.

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