L'ex-président du groupe l'Oréal visé par une plainte

EXCLUSIF Lindsay Owen-Jones est accusé de blanchiment...

Vincent Vantighem

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Lindsay Owen-Jones à l'occasion d'un dîner de charité, le 29 mars dernier.
Lindsay Owen-Jones à l'occasion d'un dîner de charité, le 29 mars dernier. — BENAROCH / SIPA

Cela ne fait même pas trois semaines qu’il a officiellement quitté ses fonctions de président de L’Oréal. Mais Lindsay Owen-Jones est déjà rattrapé par les «affaires». Selon nos informations, trois plaintes ont été déposées, vendredi dernier, au pôle financier de Paris. La première d’entre elle accuse nommément Lindsay Owen-Jones «d’abus de confiance», «abus de biens sociaux», «corruption active» et «blanchiment d’argent». Pour ces mêmes faits, les deux autres visent Gilles Weil et Gérard Guyot-Jeannin, anciens haut dirigeants de L’Oréal. Les accusations sont graves. L’ancien président emblématique du groupe de cosmétiques est soupçonné d’avoir validé la mise en place, à la fin des années 1990, d’un marché de distribution parallèle des produits L’Oréal (un «marché gris») en Russie, en Ukraine et en Biélorussie grâce à plusieurs sociétés écrans. «La multitude de ces sociétés avaient pour but de dissimuler l’évasion fiscale (…) et surtout l’enrichissement personnel, notamment de Monsieur Owen-Jones», détaille la plainte dont 20 Minutes a obtenu une copie.

Un accord avec un groupe russe

Le plaignant s’appelle Janez Mercun. Ce Slovène avait conclu un contrat avec L’Oréal lui accordant l’exclusivité du marché de distribution en Russie. «Mon client a donc perdu de l’argent, confie Frédérik Canoy, son avocat. Lindsay Owen-Jones s’est servi de ce système pour récupérer du liquide et bénéficier d’une évasion fiscale. Pour y arriver, il a même noué des liens avec le crime organisé...» La plainte fait ainsi état d’un accord conclu entre L’Oréal et le groupe Arbat Prestige, présenté comme proche du milieu mafieux russe. Le montant du préjudice serait de 34 millions d’euros. Un porte-parole du groupe L’Oréal a réagi ce mardi matin en expliquant que ces «révélations sont liées à un différend commercial ancien qui date de 1998 et qui a déjà été jugé». En déposant de nouvelles plaintes, le plaignant ne vise, toujours selon L’Oréal, qu’à «réactiver artificiellement un dossier clos depuis 2003». De son côté, le parquet de Paris nous a confié que ce dossier était tout de même «à l’étude au pôle financier».

Un simple crêpage de chignon ou un vrai scandale ?

Une plainte n’arrive jamais par hasard. Le 22 avril prochain, le groupe L’Oréal doit tenir son assemblée générale. Au cours de la réunion, Lindsay Owen-Jones (LOJ) devait être intronisé « président d’honneur » du groupe. « Il ne le mérite vraiment pas, nous a confié Janez Mercun, depuis Genève où il est installé. Avec toutes ces histoires, cela ne serait pas bon pour L’Oréal… » 

« Une fin de mandat ternie par plusieurs histoires »

Aujourd’hui celui qui est toujours actionnaire de L’Oréal cache à peine que sa plainte vise à détruire la candidature de LOJ à la présidence d’honneur du groupe. « Sa fin de mandat a été ternie par plusieurs histoires, notamment l’affaire Bettencourt, analyse Béatrice Collin, professeur associé à l’ESCP, qui a publié un livre sur L’Oréal*. Il y a un vrai changement de générations à la tête du groupe. Et Lindsay Owen-Jones voulait rester dans le circuit. »

(*) Le Modèle L’Oréal, Pearson Editions (2010)