Faut-il plafonner les salaires des patrons? Oui, «Les échelles de salaires des dirigeants sont complètement folles»

INTERVIEW L'interview de Thomas Piketty, professeur à l’École d’économie de Paris et directeur d’études à l’EHESS...

Propos recueillis par Thibaut Schepman

— 

Thomas  Piketty, directeur d'etudes a l'EHESS (Ecole des Hautes Etudes en  Sciences Sociales) et directeur du departement de sciences sociales de  l'ENS ( Ecole Normale Superieure ). Paris, FRANCE - 18/05/2006
Thomas Piketty, directeur d'etudes a l'EHESS (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales) et directeur du departement de sciences sociales de l'ENS ( Ecole Normale Superieure ). Paris, FRANCE - 18/05/2006 — PARIS : Thomas Piketty

Plus de deux ans après le début de la crise, les bonus et salaires des dirigeants atteignent toujours des niveaux records. Dans son programme économique, le PS propose de plafonner les salaires des dirigeants de société dont l’Etat est actionnaire. L’avis de Thomas Piketty, professeur à l’École d’économie de Paris et directeur d’études à l’EHESS:

«Je suis d’accord avec l’idée d’imposer une limite claire et raisonnable dans la rémunération des dirigeants d’entreprises dont l’Etat est actionnaire. Et un plafond équivalent à vingt fois le montant du plus bas salaire de l’entreprise, c’est à dire d’environ 25.000 euros, me paraît être un montant raisonnable. Au contraire, dire qu’il est impossible de trouver des gens compétents qui acceptent des postes de direction pour un salaire de 25.000 euros, c’est un argument purement idéologique.

Si vraiment certains postes nécessitent de payer de plus hauts salaires, on peut tout à faire prévoir des exceptions. Mais avant, il faudra prouver que c’est bien nécessaire et que l’on risque effectivement une fuite des hauts dirigeants. Cela permettrait de revoir l’échelle des salaires, alors que l’argument omniprésent de la fuite des cerveaux nous a habitués à des échelles complètement folles, où l’on récompense l’appât du gain et non le dynamisme.

A ce titre, je trouve normal que l’Etat montre l’exemple dans les entreprises où il est actionnaire en imposant un plafond. Cela dit, je crois surtout dans l'arme fiscale, et il faut souligner que cette mesure de plafonnement s’inscrit dans une réforme globale de l’impôt sur le revenu et une suppression des niches fiscales. Nous souhaitons que l’impôt devienne vraiment progressif, sans niches qui le rendent inégalitaire. C’est le sens de notre proposition de révolution fiscale, sur laquelle nous avons été consultés par le Parti socialiste. Les dirigeants du privé pourraient encore toucher des salaires élevés comme c’est le cas aujourd’hui, mais au-delà de 40.000 euros par mois ils seraient taxés à 50%, au-delà de 100.000 euros par mois à 60%.»

>> Les proposition des économistes Thomas Piketty, Camille Landais et Emmanuel Saez à lire sur 20minutes.fr...

>> Le site internet des trois économistes, où chacun peut «faire sa propre réforme fiscale»: revolutionfiscale.fr