Bordeaux: Le grand millésime 2010 attire plusieurs milliers d'acheteurs

ÉCONOMIE a grand-messe des primeurs débute ce lundi...

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FRANCE, Pauillac Une bouteille de "Le Petit  Mouton de Mouton Rothschild", à Pauillac, le 1er avril 2011.
FRANCE, Pauillac Une bouteille de "Le Petit Mouton de Mouton Rothschild", à Pauillac, le 1er avril 2011. — AFP PHOTO JEAN PIERRE MULLER

Les chais du Bordelais sont en pleine ébullition: la grand-messe des primeurs, semaine cruciale pour le commerce mondial des vins de Bordeaux, s'ouvre lundi avec un millésime 2010 qui a tout pour séduire plusieurs milliers de dégustateurs et acheteurs.

Cette année, ils seront quelque 5.000 professionnels, selon les chiffres de l'Union des grands crus de Bordeaux (UGCB), à se bousculer dans les châteaux prestigieux pour goûter le dernier né des millésimes, celui de 2010, déjà couvert de louanges dans la foulée de son aîné de 2009.

«Nous sommes arrivés au coeur de la qualité, ces millésimes-là sont armés pour un siècle», se réjouit Paul Pontallier, directeur général de Château Margaux, premier cru classé. A l'instar de nombreux experts, il parle d' «un vin qui danse dans la bouche», «fantastique de fraîcheur aromatique et tanique», paré pour être «partagé avec nos clients, négociants, courtiers, acheteurs du monde entier». Spécificité bordelaise, la campagne des primeurs permet de goûter du vin avant son élevage et de l'acheter à des prix fixés de fin avril à fin juin pour une livraison à la fin 2012, soit deux ans après les vendanges.

Absence d'acheteurs japonais

L'affluence globale devrait être proche de celle de l'an dernier et ce, malgré l'absence de plusieurs acheteurs japonais qui ont fait défection après le drame qui a secoué leur pays. Mais «les décideurs seront là», se félicite Jean-Marc Guiraud, directeur de l'Union des grands crus. «Dans certains pays, on a 5 ou 6 acheteurs qui font 80% du business, c'est le cœur de cible», explique-t-il à l'AFP. Les professionnels viendront de France et de 65 pays, aux premiers rangs desquels le Royaume Uni, la Chine et les Etats-Unis, qui font un retour en force.

«Les principales économies se sont raffermies, la confiance du consommateur est revenue, les conditions sont favorables à la mise en marché», renchérit Sylvie Cazes, présidente de l'UGCB. «Le monde du vin s'est rendu compte que Bordeaux tenait encore une année remarquable, la rumeur s'est tout de suite propagée sur la planète», déclare à l'AFP Philippe Dhalluin, directeur général de Château Mouton Rothschild, premier cru classé, qui a enregistré une hausse de 25% des inscriptions.

«Un système qui marche»

Les primeurs, «c'est un système qui marche»: il permet au viticulteur d'avoir une trésorerie avant la vinification, au consommateur de bénéficier d'un tarif attractif et au négociant de prendre des marges confortables, explique à l'AFP Michel Rolland, oenologue-conseil dans 14 pays. Au total, une trentaine de lieux sur les deux rives de la Garonne participeront au marathon des primeurs. L'Union des grands crus, à l'initiative de l'événement lancé en 1962, a regroupé ses 132 membres par appellation dans sept châteaux, tandis que d'autres syndicats viticoles, sociétés de négoce et propriétés se sont organisés en festival off.

Déjà, avant «le cirque» de la semaine des primeurs, selon M. Pontallier, des professionnels ont été reçus en petits comités. Parmi eux, les célèbres critiques américains Robert Parker et James Suckling, qui avec une centaine de leurs homologues du monde entier délivreront une note, un commentaire, souvent déterminants pour établir les prix de vente. Quelque 200 marques prestigieuses devraient ainsi écouler entre 70 et 95% de leurs volumes au sortir de la campagne. «C'est la loi de l'offre et de la demande», souligne le magnat du vin Bernard Magrez, la rareté fait que les prix augmentent. Mais attention à ce que les consommateurs ne se détournent pas des vins de Bordeaux à cause de prix indécents, prévient Paz Espejo, directrice de Château Lanessan, en Haut-Médoc.