Le sellier Hermès se prépare à quitter Jean-Paul Gaultier

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Confronté aux appétits du géant mondial du luxe LVMH, le sellier français Hermès prépare sa sortie de la maison de couture Jean-Paul Gaultier, célèbre pour ses jupes masculines et pour avoir remis au goût du jour la marinière.

"Hermès annonce avoir été approché par des acquéreurs intéressés par sa participation de 45% dans la maison Jean-Paul Gaultier. Des discussions ont été engagées", a fait savoir vendredi la maison de luxe dans un communiqué laconique, fidèle à sa prudence légendaire.

La maison du 24 Faubourg Saint-Honoré à Paris, connue pour ses sacs et ses foulards de soie, n'a ni dévoilé l'identité des acquéreurs potentiels, ni donné de détails financiers.

La valorisation de la maison Jean-Paul Gaultier fait l'objet d'estimations très différentes, allant de quelques dizaines à plusieurs centaines de millions d'euros, selon le quotidien Les Echos.

"Il ne faut pas que les gens se lancent dans des spéculations", a dit à l'AFP Patrick Albaladejo, le directeur général adjoint d'Hermès. "Plusieurs groupes ont exprimé leur intérêt. On est en train d'explorer avec eux les différentes options. Il n'y a pas de calendrier", a-t-il ajouté.

Cité parmi les repreneurs possibles, le groupe de luxe PPR ne souhaite pas faire de commentaires mais, selon une source interne, ne serait pas intéressé.

La priorité devrait plus probablement être donnée aux groupes étrangers, le développement international de la marque, notamment en Asie -- eldorado des groupes de luxe --, étant l'objectif principal de la maison de couture.

Contrairement à d'autres grands noms de la mode, Jean-Paul Gaultier (JPG) est peu présent en Asie: à peine plus de cinq magasins en Chine et quasiment aucun au Japon.

La vente des parts d'Hermès permettrait ainsi à la maison de couture de lever de l'argent frais pour rattraper son retard.

Le couturier Jean-Paul Gaultier, qui avait fondé sa marque il y a 29 ans et détient encore 55% du capital, pourrait par la même occasion en vendre une partie, selon Les Echos. Il devrait en revanche conserver la direction artistique.

"C'est l'aboutissement de la dégradation d'une relation entre Hermès et Jean-Paul Gaultier. C'est surprenant que cela ait pris autant de temps", a déclaré à l'AFP une source proche du dossier, faisant remarquer ainsi qu'il n'y a jamais eu de synergies entre les deux maisons.

"Si JPG était rentable, Hermès ne voudrait pas s'en séparer", a commenté une autre source.

Les ventes de JPG avaient reculé de 19% en 2009 à 23 millions d'euros. La maison tire ses revenus de ses licences de prêt-à-porter féminin et de ses parfums (Le Mâle...) développés avec le groupe Beauté Prestige International, filiale du japonais Shiseido.

Pour Xavier de Villepion, analyste chez Global Equities, "JPG est un petit actif" pour Hermès. Sa cession marquerait le divorce entre deux maisons aux cultures très différentes : saveur classique chez Hermès, audace ayant conquis les stars de la musique comme Madonna ou Mylène Farmer chez Gaultier.

"En faisant venir Hermès, le but était de développer le réseau de boutiques. Malheureusement le chiffre d'affaires a baissé, il n'y a plus de licence avec le Japon, les accessoires n'ont pas été développés", regrette Donald Potard, ami d'enfance du couturier et ex-directeur de JPG.

C'est lui avait négocié l'arrivée en 1999 du sellier dans le capital de la maison de couture avec Jean-Louis Dumas, le président d'Hermès d'alors, mort en mai. Pour nombre d'observateurs, la disparition de M. Dumas avait mis fin à la lune de miel entre le styliste et Hermès.

A la Bourse de Paris, le titre Hermès a clôturé sur un léger gain (+0,19%) à 155 euros vendredi, dans un marché en hausse de 1,64%.