Irlande: 24 milliards d'euros de plus pour sauver les banques

Le renflouement des banques irlandaises nécessite 24 milliards d'euros supplémentaires, a annoncé jeudi la Banque centrale d'Irlande, une rallonge qui porte à 70 milliards la facture du sauvetage d'un secteur ayant plongé le pays au bord de la faillite.

© 2011 AFP

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Le renflouement des banques irlandaises nécessite 24 milliards d'euros supplémentaires, a annoncé jeudi la Banque centrale d'Irlande, une rallonge qui porte à 70 milliards la facture du sauvetage d'un secteur ayant plongé le pays au bord de la faillite.

Cette rallonge a été décidée après le passage de "tests de résistance" par quatre établissements du pays.

Malgré son montant phénoménal, elle reste inférieure à l'enveloppe de 35 milliards d'euros allouée aux banques irlandaises dans le cadre du plan d'aide international conclu à l'automne dernier avec l'Union européenne et le FMI.

Dans la foulée de l'annonce de la banque centrale, le ministre des Finances Michael Noonan s'est rendu devant le Parlement où il a promis "une restructuration radicale du système bancaire" irlandais.

Quelques heures plus tard, la Banque centrale européenne (BCE) a annoncé assouplir ses règles de crédit pour les banques irlandaises.

La BCE va ainsi accepter les titres de dette irlandaise en garantie de ses prêts, quelle que soit leur notation, une mesure qui restera en vigueur jusqu'à nouvel ordre, a-t-elle indiqué dans un communiqué.

Cette décision "s'applique à tous les instruments de dette nouveaux ou existants" produits ou garantis par le gouvernement irlandais, a précisé l'institution monétaire de Francfort (ouest).

Cette mesure va soulager les banques irlandaises, qui dépendent encore en grande partie de la BCE pour leur refinancement.

Elles vont pouvoir présenter toute obligation émise par leur pays pour obtenir des crédits, alors que les agences de notation ont dégradé la note à long terme de la dette irlandaise et qu'une nouvelle rétrogradation n'est pas à exclure.

La BCE a signifié que son geste était directement lié à la décision de Dublin de continuer de refondre de son système bancaire à l'origine de la quasi-banqueroute du pays.

La suspension de toute condition relative à la notation des garanties apportées "est liée à l'engagement pris par le gouvernement (jeudi) à appliquer pleinement (...) le programme d'ajustement monétaire et financier négocié avec la Commission européenne, en liaison avec la BCE et le FMI", a souligné la BCE.

Elle est aussi liée la décision de "recapitaliser quatre banques à hauteur de 24 milliards d'euros ainsi qu'à désendetter et réduire son secteur bancaire".

L'Irlande avait été contrainte en fin d'année dernière à conclure un plan d'aide de 85 milliards d'euros avec l'Union européenne et le Fonds monétaire international, dont une grosse partie a été réservée au renflouement des banques.

L'injection massive de nouveaux capitaux par l'Etat devrait conduire à une nationalisation quasi-totale du secteur, qui sera réorganisé autour de deux pôles.

Quatre établissements - Allied Irish Banks (AIB), Bank of Ireland (BoI), IL&P et EBS - ont été testés afin d'évaluer les capitaux dont ils auraient besoin pour surmonter de nouvelles pertes si des scénarios "extrêmes" venaient à se réaliser, comme un nouvel effondrement du marché immobilier.

Selon les chiffres publiés par la banque centrale, AIB a besoin à elle seule de 13,3 milliards d'euros. BoI doit recevoir 5,2 milliards, EBS 1,5 milliard et Irish Life & Permanent (IL&P) 4 milliards.

Pour cette dernière banque, la seule du pays encore totalement privée, les nouveaux besoins en capitaux représentent 40 fois sa valeur boursière actuelle. L'Etat devrait donc être contraint d'en prendre le contrôle.

Après des rumeurs alarmistes, les dernières estimations parues dans la presse tablaient sur une fourchette de 18 à 25 milliards d'euros. Le chef du Fonds européen de stabilité financière Klaus Regling avait tenté de calmer les marchés en estimant que l'enveloppe du plan d'aide internationale "suffira probablement", ce qui s'est révélé être le cas.

L'Etat irlandais a déjà englouti 46,3 milliards d'euros dans le sauvetage du secteur bancaire, a indiqué la Banque centrale. La facture grimpe donc à plus de 70 milliards, l'équivalent de la moitié de la richesse annuelle du pays.

Déjà totalement nationalisée, et non incluse dans les nouveaux tests, Anglo Irish Bank a reçu à elle seule 29,3 milliards d'euros pour éviter le naufrage. Elle a annoncé jeudi avoir perdu 17,7 milliards en 2010, un gouffre aux frais des contribuables.

Les marchés attendaient aussi avec anxiété de voir si le gouvernement se dirigeait vers un "partage du fardeau" avec les investisseurs privés détenteurs d'obligations des banques concernées.

M. Noonan a laissé entendre que ce serait le cas, assurant que "le fardeau ne doit pas reposer uniquement sur le contribuable" et évoquant de "nouvelles contributions importantes provenant d'autres sources, dont les porteurs de dette subordonnée" des banques.

Les marchés, qui craignent qu'un telle mesure ne crée un précédent pour les autres pays en difficulté de la zone euro, ont immédiatement réagi: les taux des obligations irlandaises à 10 ans ont dépassé jeudi après-midi les 10% pour la première fois depuis la création de la zone euro.

Dublin négocie actuellement avec Bruxelles un assouplissement des conditions du plan de sauvetage de l'île et réclame un nouveau coup de pouce de la Banque centrale européenne (BCE), qui aide depuis des mois les banques irlandaises à boucler leurs fins de mois.

Le gouvernement irlandais souhaiterait que cette aide d'urgence soit transformée en financement à moyen terme, ce qui donnerait un ballon d'oxygène aux banques.

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