La hausse des cours du pétrole, un cadeau empoisonné pour la Russie

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La remontée des cours du brut est un cadeau empoisonné pour la Russie, qui avec des caisses de nouveau bien remplies pourrait être tentée de reporter encore d'indispensables réformes économiques, mettent en gardent des experts.

Depuis quelques semaines, soutenus par les tensions persistantes dans le monde arabe et la crise nucléaire au Japon, les prix mondiaux du pétrole flirtent avec de nouveaux sommets, au-delà des 100 dollars le baril.

Une aubaine pour la Russie : assise sur d'abondantes ressources en hydrocarbures, qui représentent 60% de ses exportations, elle a ainsi la possibilité de regarnir ses caisses, mises à mal avec la crise mondiale et la chute des prix du brut en 2009.

Le pays pourrait ainsi réduire nettement, voire remettre à zéro son déficit budgétaire, qui s'était creusé à partir de 2009, soulignent certains responsables russes.

Le budget pour 2011, prévoyant un déficit de 3,6% du PIB, a en effet été calculé sur la base d'un baril de pétrole à 75 dollars, rappelait récemment le quotidien économique Vedomosti.

Avec les prix actuels, le déficit pourrait être réduit à 1% du PIB, a estimé le vice-ministre du Développement économique Andreï Klepatch.

Toutefois, de nombreux économistes mettent en gardent contre la "malédiction du pétrole".

"Avec des prix élevés du pétrole, les contraintes fiscales de la Russie se relâchent et par conséquent, cela pourrait moins inciter le gouvernement à employer ses ressources disponibles plus efficacement", écrivait récemment dans une note Alexandra Evtifieva, analyste de la banque VTB Capital.

Dans un rapport publié mercredi, la Banque mondiale appelle les autorités à ne pas abandonner leurs objectifs ambitieux de réformer l'économie russe en investissant dans sa modernisation.

"Même si l'impact à court terme (de la hausse des cours du brut, ndlr) sera positif pour les exportations et les recettes fiscales de la Russie, il n'y a pas de place pour l'autosatisfaction", écrit l'institution.

Car "au-delà du court terme, le gouvernement russe pourrait mettre les prochaines années à profit pour avancer dans ses réformes difficiles, afin de construire une base pour une croissance dynamique à long terme", juge-t-elle.

"Le plan du gouvernement de privatiser des parts minoritaires dans certaines entreprises stratégiques et de vendre des actifs non-stratégiques ailleurs est l'une des réformes les plus importantes de ces dernières années", estime la Banque.

Cette vague de privatisation doit notamment permettre d'appliquer dans ces entreprises de nouvelles méthodes de gestion et de les faire bénéficier des nouvelles technologies.

Mercredi, le président Dmitri Medvedev a appelé à fixer rapidement un calendrier de ces privatisations, au cours d'une commission sur la modernisation.

Il a aussi évoqué le projet de créer un fonds avec des sociétés d'investissement étrangères, allant jusqu'à 10 milliards de dollars.

"Nous avons besoin de la confiance et de l'intérêt des investisseurs russes et étrangers", a-t-il dit dans des propos retransmis par la télévision.

La Banque mondiale met aussi en garde les autorités contre la tentation de céder aux sirènes populistes, en augmentant à la faveur de ces nouveaux revenus les dépenses sociales, surtout à l'approche de l'élection présidentielle de 2012.

"Le Premier ministre russe Vladimir Poutine a annoncé le 4 mars que le gouvernement pourrait augmenter les salaires des fonctionnaires plus que prévu", rappelle l'analyste de VTB Capital.

D'autant que les risques d'une chute brutale des cours ne sont jamais très loin. Et en cas de baisse soudaine, si des réformes ne sont pas engagées, l'économie russe ne s'en retrouverait que plus fragilisée, estime la BM.