Les petits industriels n'ont plus vraiment de marge

gilles wallon

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Alors que les matières premières flambent, les distributeurs refusent les ajustements de prix proposés par les PME de l'agroalimentaire.
Alors que les matières premières flambent, les distributeurs refusent les ajustements de prix proposés par les PME de l'agroalimentaire. — S. ORTOLA / 20 MINUTES

Pierre Cowez assure qu'il est un « survivant », qu'« il n'y en a plus beaucoup » des comme lui. Cet éleveur-abbatteur de poulets dirige une PME de huit salariés dans les Ardennes. L'entreprise est typique de ces petites sociétés de l'agroalimentaire qui transforment une base brute pour en faire un produit fini : biscuits, conserves, pâtes alimentaires, blancs de poulet, etc. Beaucoup d'entre elles envisagent les mois qui viennent avec appréhension. « Entre 3 000 et 5 000 emplois pourraient disparaître en 2011, sur les 400 000 que compte notre industrie », s'est alarmé hier Jean-René Buisson, le directeur de l'Association nationale de l'industrie agroalimentaire (Ania), lors d'une conférence de presse.
Cette menace sur l'emploi touche avant tout les PME, souvent isolées, et qui manquent de solutions communes pour faire pression sur ceux qui achètent leurs produits : les distributeurs, principalement hypermarchés et supermarchés. « C'est toujours le même problème : les matières premières flambent, alors on veut ajuster nos prix. Et, en face, ils refusent », témoigne Jean-Paul Guillou, patron de Rochélou, une biscuiterie bio de neuf salariés dans le Finistère. L'année 2010 a déjà été dure, avec des hausses très fortes sur tous les produits : « Les matières grasses végétales ont pris 26 %, la farine 15 %, le sucre également, poursuit Jean-Paul Guillou. On rogne sur nos marges, on n'a pas les moyens de négocier ». Une chaîne d'hypermarchés lui a refusé « une petite hausse de 1,75 % ». Il n'a « pas eu le choix » : il a continué de leur vendre sa marchandise et il a diminué sa marge, encore un peu plus. Car personne ne veut penser aux suppressions d'emplois. « Les salariés, ce ne sont pas des gens qu'on prend et qu'on jette », poursuit le biscuitier. « On se bat pour trouver de nouveaux clients, on se défonce, on continue », insiste Pierre Cowez.