La recette de l'Islande pour sortir de la crise économique

ÉCONOMIE e décryptage de Michel Sallé, économiste spécialiste de l'Islande, pour 20minutes.fr...

Thibaut Schepman

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    Des Islandais manifestent devant le parlement islandais à Reykjavik le 6 mars 2010, avant le référendum demandant aux citoyens s'ils acceptent ou non de rembourser les épargnants anglais et néerlandais de la banque islandaise Icesave.
Des Islandais manifestent devant le parlement islandais à Reykjavik le 6 mars 2010, avant le référendum demandant aux citoyens s'ils acceptent ou non de rembourser les épargnants anglais et néerlandais de la banque islandaise Icesave. — HALLDOR KOLBEINS

Alors que les tensions se ravivent sur la situation économique au Portugal et en Irlande, un pays sort doucement de la crise. Après une débâcle sans précédent en 2008, l'Islande a mis en place des solutions originales, qui semblent porter leurs fruits.Le décryptage de Michel Sallé, économiste spécialiste de l'Islande, pour 20minutes.fr…

Quelles sont les solutions qui ont été mises en place contre la crise financière en Islande?

Il y a d’abord eu une étatisation technique de trois banques en faillite, en 2008. Je ne parlerais pas d’une nationalisation, puisque deux d’entre elles ont été à nouveau privatisées dès que cela a été possible. Mais l’Etat a bien refusé d’éponger leurs dettes, et les a fait payer aux créanciers, contrairement à ce qu’il s’est passé ailleurs. Il s’est contenté d’indemniser les déposants islandais, et non les nombreux épargnants étrangers.

La monnaie a ensuite été dévaluée de fait. En pleine crise financière, la couronne islandaise a en effet perdu beaucoup de sa valeur, avec des taux atteignant les 200 couronnes pour un euro.

Pour quels résultats?

La dévaluation s’est révélée très positive pour l’économie du pays, qui a notamment pu exporter beaucoup de poisson et d’aluminium.

Les décisions bancaires ont-elles mécontenté les gouvernements néerlandais et britannique, puisque l'une des banques en faillite, Icesave, comptaient de nombreux épargnants de ces deux pays qui n’ont pas été remboursés. Les Pays-Bas et le Royaume-Uni ont remboursé eux-mêmes leurs épargnants, et ont voulu ensuite présenter une facture très salée à l’Islande, assortie de taux d’intérêts de plus de 5%.  Les Islandais se sont là encore opposés à cette décision, à travers une pétition puis un référendum.

Toutes ces mesures sont opposées à celles mises en place en Irlande ou en Grèce. A posteriori, peut-on dire qu’elles sont plus adaptées à un pays en crise?

La situation économique est effectivement bien meilleure en Islande qu’en Irlande ou en Grèce. Mais l’Islande n’a pu mettre en place ces solutions que parce qu’elle ne fait pas partie de la zone euro. Il faut faire attention et comparer ce qui est comparable.

Par exemple, on peut penser que la crise n’aurait pas été aussi grave si le pays avait fait partie de la zone euro. Ensuite, l’Etat n’a certes pas sauvé les banques, et les a nationalisées, mais il n’avait pas le choix. Le capital des trois banques représentait dix fois le PIB de ce tout petit pays de 320.000 habitants!

Enfin, et surtout, le pays n’est pas complétement sorti de la crise. Le Royaume-Uni et les Pays-Bas ont présenté à l’Islande un plan de remboursement des épargnants d'Icesave, cette fois beaucoup plus intéressant pour les Islandais. Mais le président islandais a voulu de nouveau appeler les Islandais à un référendum pour se décider sur ce point, dans une semaine. C’est une véritable épée de Damoclès: s’ils refusent encore, cela pourrait prolonger la crise, alors que la croissance économique ne reprend que très doucement et que le taux de chômage est encore proche de 9%.

Y a-t-il tout de même des leçons à tirer du modèle islandais?

Je pense à un élément tout à fait positif. Pendant tout l’hiver 2009, un «accord de stabilisation» a été négocié entre deux grandes centrales syndicales et les syndicats patronaux. C’est une véritable feuille de route économique qui a été mise en place conjointement, qui a pratiquement était dictée au gouvernement, et qui a permis de garantir la paix sociale. Là encore, cela n’a été possible que parce que l’Islande jouit d’une forte culture du compromis. Mais c’est très intéressant concernant la manière dont un Etat peut gérer la crise de manière démocratique.