Le sort d'Anne Lauvergeon chez Areva décidé dans "quelques jours"

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Le président Nicolas Sarkozy devrait décider "dans quelques jours" s'il reconduit ou non Anne Lauvergeon à la tête du groupe public français Areva, alors que la catastrophe nucléaire japonaise relance les spéculations sur le sort d'"Atomic Anne".

Donnée partante depuis plus d'un an, Mme Lauvergeon serait renforcée par l'accident de la centrale japonaise de Fukushima, le plus important depuis Tchernobyl, avancent plusieurs médias.

Selon ses défenseurs, il conviendrait en effet de ne pas aggraver la crise qui secoue actuellement l'industrie nucléaire en nommant un néophyte à la tête du fleuron tricolore de l'atome civil.

Cette ingénieure des Mines, agrégée de physique, serait avantagée par son expérience inégalée à la tête d'un des plus grands groupes nucléaires du monde.

Elle peut en outre se targuer d'une défense sans faille du réacteur de nouvelle génération EPR, coûteux mais présenté comme "le plus sûr au monde", quand d'autres plaidaient pour l'avènement d'un nucléaire "low cost".

Au vu de ces atouts, la reconduction de Mme Lauvergeon serait quasi acquise, a affirmé mardi la radio BFM Business, en citant des sources proches de l'Elysée et des pouvoirs publics.

La patronne d'Areva se verrait cependant adjoindre un numéro 2 "compatible" avec le patron d'EDF Henri Proglio, afin de faciliter les relations, tumultueuses, avec l'électricien, ajoute la radio.

"Aucune décision n'a été prise", a démenti l'Elysée. Interrogé par l'AFP sur ce scénario, le ministre de l'Energie Eric Besson a lui aussi refusé de le valider. "Pour l'heure, je n'ai rien entendu de tel", a-t-il affirmé.

"Il y aura une réunion autour du président de la République le moment venu et c'est lui qui tranchera cette question. Elle n'est pas aujourd'hui d'actualité", a ajouté le ministre.

Le sujet pourrait toutefois revenir au premier plan très rapidement. La réunion à l'Elysée, qui décidera du sort de Mme Lauvergeon, aura lieu "dans quelques jours", a indiqué à l'AFP une source gouvernementale.

En attendant, Nicolas Sarkozy a demandé à ses proches de ne pas alimenter la guerre d'intoxication à laquelle se livrent depuis des mois Anne Lauvergeon et Henri Proglio, selon cette même source.

Il y a un an, alors que cette guerre battait son plein, certains médias ne donnaient pas plus d'une semaine à Mme Lauvergeon avant d'être limogée. En début d'année, Nicolas Sarkozy excluait encore de la renouveler, selon Le Canard Enchaîné.

Un processus de sélection avait même été lancé en interne pour lui trouver un successeur.

Mais Mme Lauvergeon a vu peu à peu s'écarter ses principaux adversaires: Jean-Louis Borloo, l'ancien ministre de l'Ecologie, a quitté le gouvernement tandis que Claude Guéant a perdu la main sur la politique énergétique en quittant le secrétariat général de l'Elysée pour le ministère de l'Intérieur.

Dans le même temps, la ministre de l'Economie Christine Lagarde et le Premier ministre François Fillon, soutiens supposés de Mme Lauvergeon, voyaient leurs positions renforcées par les différents remaniements ministériels.

La catastrophe de Fukushima ne ferait donc que confirmer le retour en grâce d'Anne Lauvergeon. Mais ses adversaires ne désarment pas et estiment que cet accident rend son départ encore plus nécessaire.

Avec la remise en cause de l'atome civil dans le monde, EDF sera plus que jamais le principal client d'Areva, avancent-ils. Il est donc primordial que les dirigeants des deux groupes s'entendent.

En 2009, les commandes d'EDF ont représenté environ 25% du chiffre d’affaires d'Areva. Et aujourd'hui, plusieurs contrats importants entre les deux groupes sont suspendus à la décision de reconduire ou non Mme Lauvergeon, selon une source proche du dossier.