« Vous ne pourrez rien prouver »

Julien Ménielle

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Selon une avocate, « il y a des réticences, voire des entraves, de la part des médecins ».
Selon une avocate, « il y a des réticences, voire des entraves, de la part des médecins ». — S. POUZET / 20 MINUTES

« Avec des gens comme vous, on finira par ne plus avoir de labos en France ! » Lorsqu'elle a demandé son dossier médical à sa cardiologue, Nassera s'attendait à tout, sauf à ça. Cette patiente vivant en Lorraine a pris du Mediator pendant treize ans. Elle raconte à 20 Minutes comment son médecin a tenté de la dissuader de porter plainte. Nassera, 51 ans, veut savoir si ses problèmes cardiaques sont liés au Mediator. Mais quand elle prend rendez-vous avec sa cardiologue, celle-ci tente de la culpabiliser. « Je me suis sentie agressée », raconte-t-elle. Sans pour autant renoncer à une action en justice, malgré les « réfléchissez bien » de la praticienne.

« Leur droit le plus absolu »
« Il y a des réticences, voire des entraves, de la part des médecins », confirme l'avocate Christine Ravaz, en charge d'une vingtaine de dossiers concernant le Mediator. Elle affirme que certains de ses clients « ont vraiment été malmenés ». « Vous ne pourrez jamais rien prouver contre Servier » , leur a-t-on assuré. « C'est malhonnête de tenir ce genre de propos provocateurs ! », s'indigne Maxime Guenoun, président du Collège national des cardiologues français (CNCF). « Si les patients veulent engager des procédures, c'est leur droit le plus absolu », ajoute le cardiologue. Quand elle a mis au courant le ministère de la Santé, l'avocate explique que les autorités lui ont assuré avoir connaissance de ces problèmes. « Des difficultés de même nature m'ont déjà été signalées, indique la lettre de la Direction générale de la Santé que 20 Minutes a pu consulter. Elles m'ont conduit à saisir, poursuit la Direction générale de la Santé, la Caisse nationale d'assurance-maladie, le Conseil national de l'ordre des pharmaciens et les présidents de quatre syndicats de médecins afin qu'ils sensibilisent les pharmaciens ou les médecins à la nécessité de communiquer les informations aux personnes qui viendraient les consulter au sujet de leur prise passée de produits contenant du benfluorex [Mediator]. »