Epargne-retraite: les Français sont-ils en retard?

SOCIÉTÉ s Français sont peu friands des produits d'épargne retraite, qu'ils jugent mal adaptés à leurs besoins...

Hélène Duvigneau

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SIPA

Enfant de la seconde guerre mondiale, le système français de retraites par répartition a longtemps assuré des jours sereins à ses têtes grisonnantes. Jusqu’à ce que la crise ne s’invite, avec à la clé, un retour en force de la capitalisation.

Des produits mal aimés

Pourtant, alors que le déficit du système de retraites est grimpé à 32 milliards d’euros en 2010 et que plus d’une retraite sur dix n’est plus financée, les Français ne se sont pas rués sur les produits d’épargne retraite, dont l’encours (le montant) représente moins de 10% de celui de l’assurance-vie.

Selon une étude réalisée ce mois-ci par le groupe BPCE, cette faible popularité vient de ce que les produits d’épargne retraite ne rencontrent pas leur marché. «Les encours sont fortement concentrés sur le collectif, les montants moyens sont faibles et les plans d’épargne retraite individuelle ne représentent que 5% des encours», explique l’étude.

Cela n’étonne guère Laure Delahousse, directrice épargne retraite à l’Association française de gestion financière (AFG), pour qui «il n’est pas naturel pour les Français d’épargner pour leur retraite dans la mesure où les systèmes obligatoires par répartition ont toujours été traditionnellement assez généreux.»

Des produits jugés complexes

Mais derrière ce désamour, on trouve d’autres facteurs. Les noms parfois sibyllins de ces produits de retraite (Article 83, contrats Madelin) ne plaident d’abord pas en leur faveur. Par ailleurs, selon Alain Tourdjman, directeur des études économiques à BPCE, leur segmentation par statut et par taille d’entreprise fait que «les Français doivent faire leur choix en fonction des dispositifs auxquels ils sont éligibles et non en fonction de leurs besoins réels.»

Les Français trouvent par ailleurs que ces produits trop rigides sont mal adaptés à leurs parcours de vie. «En dehors du Perco, plan d’épargne collective proposé par l’entreprise, ces produits sont déconnectés de l’accession à la propriété et n’offrent pas assez le choix entre rente et capital», souligne Alain Tourdjman. C’est d’autant plus vrai qu’en France, la rente a mauvaise presse parce qu’elle est contraignante: le rythme de versement est plus rigide et, en cas de décès, le capital constitué n’est pas transmissible.

La pierre a la cote

Ce qui ne veut pas dire pour autant que les Français sont en retard dans la préparation de leur retraite. Plutôt que de prendre de l’épargne retraite, ils préfèrent miser sur l’assurance-vie et sur la pierre. Selon un sondage CSA pour l’Observatoire BPCE paru en novembre 2010, 49% des personnes interrogées estiment que détenir sa résidence principale est l’outil le plus approprié pour préparer sa retraite.

Enfin, il faut noter que la fiscalité incitative n’a pas la même résonance dans tous les ménages. Comme les liens entre épargne-retraite et fiscalité sont relativement étroits, «les ménages soumis au taux marginal d’imposition sont souvent ceux qui ont le plus intérêt à épargner pour leur retraite», rappelle Lionel Tourtier, délégué général de l’AFPEN. Les sommes versées sur le PERP (plan d’épargne retraite populaire) sont ainsi en partie déductibles du revenu imposable alors qu’à la retraite, les rentes du PERP sont imposables à l’IR. De manière générale, poursuit Lionel Tourtier, il faut revoir la fiscalité de l’épargne afin qu’elle soit incitative pour tous, y compris pour les bas salaires. Face à ces constats, la dernière réforme a assoupli légèrement certaines règles, montrant que les critiques ont été partiellement entendues.