Retraite: épargner pour arrondir ses fins de mois

FINANCEMENT Le déséquilibre du système de retraites par répartition pousse les Français à se tourner vers des solutions d'épargne...

Hélène Duvigneau

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SIPA

Allongement de l’espérance de vie, entrée tardive sur le marché du travail, augmentation de la durée des cotisations, baisse du niveau des pensions, mollesse de la croissance… La liste des facteurs qui handicapent la performance de notre système de retraites n’a pas bougé d’un iota, même après la dernière réforme des retraites, validée en novembre par le Conseil constitutionnel. 

Une réforme insuffisante

Destinée à rééquilibrer un régime par répartition fragilisé, la réforme s’est révélée plus technique que philosophique, sans pour autant assurer un équilibre durable, comme l’explique Alain Tourdjman, directeur des études et de la prospective à la BPCE. «La réforme est centrée sur le rapprochement public-privé et le report de l’âge légal de la retraite pour éviter une dérive trop importante du système et signaler aux marchés financiers que la dette n’est pas explosive. Mais elle devra être élargie et complétée pour équilibrer le dispositif à long terme.»

Des pensions à la baisse

Autrement dit, la tendance à la baisse des taux de remplacement1, déjà amorcée par les précédentes réformes, va se poursuivre. «Notre système par répartition repose sur une péréquation entre les actifs cotisants et les inactifs, rappelle Lionel Tourtier délégué général de l’Association française professionnelle de l’Epargne retraite (AFPEN). Or les pronostics montrent que le poids financier des inactifs va continuer à croître pour atteindre un plafond en 2030. Si bien qu’en 2060, il y aura moins d’un actif pour financer la retraite d’un inactif, ce qui n’est pas tenable.» On est loin des 2,5 actifs qui, en 1970, cotisaient pour 1 retraité.

Le poids du vieillissement

En cause: le vieillissement rapide de la population. L’Insee envisage ainsi un gain d’espérance de vie de 5,4 ans entre 2010 et 2060, et le nombre de plus de 60 ans augmentera de plus de 6 millions d’ici vingt ans, tandis que la tranche des 20-60 ans, elle, va stagner.

Un risque de pauvreté accru

A cela s’ajoute le problème des carrières en gruyère et du poids du remboursement de la dette publique. Pour Lionel Tourtier, c’est clair, les retraités du futur ont plus de risque de friser le seuil de pauvreté, en particulier lorsqu’ils touchent presque le niveau d’un Smic. «Nous pourrions compenser la baisse du nombre de cotisants si nous étions certains que la productivité horaire soit supérieure au niveau de l’inflation, mais elle décline depuis dix ans. C’est la quadrature du cercle: faute de véhicule d’épargne retraite obligatoire sur le long terme, dont l’encours, c'est-à-dire le montant détenu par les banques, pourrait s’investir dans l’économie, il manque 30 milliards d’euros d’investissements à la France pour rester compétitive face aux pays émergents.»

Des parcours de vie plus aléatoires

Autres éléments importants: alors que l’on considérait jusqu’ici que le train de vie baissait avec l’âge, la hausse des divorces, la généralisation des CDD et la difficulté d’accès à la propriété remettent en cause cette règle. Autant dire que la nécessité de se constituer un matelas supplémentaire pour ses vieux jours ne s’est jamais autant fait sentir.

 1 Rapport entre le montant de la retraite (base et complémentaire) et celui du dernier traitement, rémunération ou revenu perçu.