Levée de boucliers contre la flambée en vue des prix de l'électricité

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EDF milite pour une hausse des tarifs de l'électricité de plus de 30% en cinq ans, selon Les Echos, une exigence démentie par le gouvernement mais qui suscite déjà une levée de boucliers des associations de consommateurs et de l'opposition.

L'électricien a proposé aux pouvoirs publics un dispositif qui amènerait à augmenter la facture des particuliers "de 28% à 37%" en cinq ans, affirment Les Echos dans leur édition de mercredi.

La hausse des tarifs est une question récurrente chez EDF. Dès juillet 2009, l'ancien patron de l'entreprise, Pierre Gadonneix, avait réclamé une hausse des tarifs de 20% sur trois ans, qui lui avait coûté son poste. "Cette question va se reposer", avait-il prédit avant de quitter ses fonctions.

Aujourd'hui, les demandes d'EDF s'inscrivent dans le cadre de la loi dite "Nome" (Nouvelle organisation du marché de l'électricité) votée l'an dernier pour doper la concurrence dans le secteur.

Dès juillet, l'ancien monopole public sera obligé de vendre jusqu'à un quart de la production de ses centrales nucléaires à ses concurrents (GDF Suez, Poweo, Direct Energie...).

Le patron d'EDF Henri Proglio refuse cependant de "brader" son patrimoine industriel à ses rivaux et réclame un prix de cession d'au moins 42 euros le mégawatheure (MWh), qui devra même atteindre 46 euros/MWh à terme.

Or, c'est 48% de plus que le prix actuellement payé par le consommateur sur sa facture d'électricité (31 euros/MWh), tel qu'il a été calculé par la Commission de régulation de l'énergie (CRE).

Afin de "concilier" sa demande avec une évolution "acceptable du tarif bleu", appliqué aux particuliers, EDF a récemment présenté aux pouvoirs publics un document proposant des hausses de facture de 5,1% à 6,5% par an, selon Les Echos.

Cette augmentation des prix serait assez proche de celle connue ces derniers mois: le prix de l’électricité a augmenté de 6,4% depuis un an, selon l'Insee, après deux hausses consécutives en août et janvier.

La demande d'EDF intervient alors que la catastrophe nucléaire de Fukushima au Japon risque d'obliger le groupe public à de nouveaux investissements dans la sécurité de ses centrales. Le groupe prévoit déjà d'investir 40 milliards d'euros pour prolonger la durée de vie de ses 58 réacteurs français.

Mercredi, EDF a nié avoir fait une demande "formelle" au gouvernement. Le ministre de l'Energie, Eric Besson, a lui "démenti catégoriquement" toute "hausse importante des tarifs de l'électricité". Il a toutefois annoncé une "légère augmentation" cet été.

Les assurances du gouvernement n'ont pas convaincu l'opposition et les associations de consommateurs.

Le député socialiste de l'Isère François Brottes a assuré à l'AFP avoir consulté une note d'EDF recommandant une hausse de 4,7% des tarifs d'électricité de 2011 à 2015, soit 30% au total, qu'il a jugée "intolérable pour les familles qui ont déjà du mal à boucler les fins de mois"

"Cette +fuite+ est une indication de ce qui se prépare après les cantonales: non seulement l’austérité à tous les étages, mais en plus un véritable matraquage tarifaire des Français", a dénoncé pour sa part la première secrétaire du PS, Martine Aubry.

Quant à la présidente du Front national Marine Le Pen, elle a demandé à l'Etat d'opposer "un refus immédiat, catégorique et définitif à ce projet d'explosion des tarifs".

L'UFC Que Choisir a estimé qu'il s'agissait "d'une confirmation du scénario le plus pessimiste que l'on craignait depuis des mois" et la CLCV a jugé qu'on ne pouvait "pas accepter l'idée que la libéralisation conduise à une augmentation des prix pour rendre les fournisseurs alternatifs compétitifs".