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INTERVIEWUn baril à 200 dollars «en cas d'incident majeur en Arabie Saoudite»

Un baril à 200 dollars «en cas d'incident majeur en Arabie Saoudite»

INTERVIEWGuy Maisonnier, économiste à IFP Energies nouvelles, répond à 20minutes.fr…
Des barils de pétrole, dans un dépôt à Jakarta le 25 mai 2010.
Des barils de pétrole, dans un dépôt à Jakarta le 25 mai 2010. - Beawiharta Beawiharta / Reuters
Thibaut Schepman

Thibaut Schepman

Plusieurs signaux contradictoires se croisent actuellement. D’un côté les prix des carburants étaient légèrement à la baisse la semaine dernière après avoir atteint des records, d’un autre les cours sont à la hausse sur les marchés. Où en sommes-nous?
Effectivement, le prix de l’essence sur le marché européen ne réagit pas aussi fortement à l’évolution du prix du pétrole, notamment parce que la hausse actuelle de l'euro modère en partie l'évolution du prix en dollar. Les prix du baril sont par ailleurs très volatils, avec par exemple une baisse autour de 110 dollars le baril au plus fort de l’inquiétude japonaise il y a deux semaines, qui s’est répercutée un peu plus tard à la pompe. Mais aujourd’hui, les cours sont repartis à la hausse pour se stabiliser autour de 115 dollars le baril, ce qui est déjà un seuil très élevé.

Le prix du baril dépend aujourd’hui beaucoup des événements internationaux, par nature incertains. Comment peuvent-ils peser sur l’évolution des prix dans les mois qui viennent?
Je pense que la catastrophe japonaise devrait avoir un impact assez limité. D’une part parce qu’elle va engendrer une baisse de l’activité et donc une baisse de la consommation d’énergie, et d’autre part parce que le pays va surtout compenser la baisse de production d’énergie nucléaire par du gaz naturel liquéfié et du charbon. La crise en Libye réduit la production mondiale de plus d’un million de barils par jour (Mbj), et contribue déjà largement à porter le baril à 115 dollars. Un arrêt complet des livraisons libyennes se traduirait par un prix de l'ordre de 120 dollars. Pour le reste, il est difficile de se prononcer compte-tenu de l'incertitude sur l'évolution de la situation au Moyen-Orient. La situation au Bahreïn, pays proche de l’Arabie Saoudite, est à l'évidence préoccupante. Si la production de l’Arabie Saoudite, pays essentiel pour l'équilibre pétrolier, devait être touchée, cela créerait un impact majeur sur le marché. Le royaume saoudien produit 9 Mbj. Nous n'en sommes heureusement pas là mais en cas d’incident majeur, on pourrait dépasser les 200 dollars le baril.

Y'a-t-il un seuil de tolérance à ne pas dépasser? Un baril à 150 ou même 200 dollars peut-il enrayer complètement l’économie mondiale?
On peut dire que l’économie mondiale se comporte actuellement comme un automobiliste qui accélère tout en serrant petit à petit le frein à main. Cela finit par chauffer! La croissance augmente mais est freinée par l’augmentation des prix du pétrole. Il n’y a pas de seuil précis, mais il est sûr que plus les prix augmentent, plus les conséquences se font sentir notamment avec une inflation de plus en plus forte et une baisse du pouvoir d’achat dans les pays importateurs. L’un des indicateurs des conséquences du prix du baril sur l’économie est la part que représentent les dépenses internationales en pétrole dans le PIB mondial. Celles-ci pesaient 4% du PIB en 2010, et pourraient atteindre 5,5% en 2011 si le baril reste au prix actuel, soit plus qu’en 2008. Les prix élevés du pétrole ont déjà un impact sur la croissance mondiale, qui serait plus élevée si le baril coûtait 80 dollars et non pas 110 comme aujourd’hui.

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