Bras de fer entre la Russie et la Turquie autour du gazoduc South Stream

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La Russie et la Turquie sont engagées dans un bras de fer au sujet du projet de gazoduc South Stream, Ankara n'ayant toujours pas donné son feu vert à Moscou pour faire passer la canalisation dans ses eaux territoriales, rapportait jeudi la presse russe.

Moscou pourrait renoncer à faire passer le gazoduc sous la mer Noire, a indiqué le vice-Premier ministre russe, Igor Setchine, au quotidien Kommersant, à l'issue de la visite du Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan en Russie.

"Actuellement, Gazprom et le gouvernement étudient différentes possibilités pour minimiser les dépenses dans la réalisation du projet de South Stream", a-t-il déclaré.

"La possibilité de construire une usine de liquéfaction de gaz sur la mer Noire peut être soit un complément, soit une des alternatives au gazoduc", a-t-il poursuivi.

"Par ailleurs, une usine de production de gaz naturel liquéfié peut être construite dans le nord de la Russie, avec le gaz de la péninsule de Iamal", a-t-il encore indiqué.

Le Premier ministre russe, Vladimir Poutine, a chargé le 9 mars le ministre de l'Energie, Sergueï Chmatko, de réfléchir à la construction d'une usine de GNL sur la mer Noire.

Projet de Gazprom et de l'italien ENI, le gazoduc South Stream, long de 3.600 km et d'une capacité de 63 milliards de mètres cubes de gaz par an, doit alimenter l'Europe occidentale, notamment la Grèce et l'Italie, en gaz russe via la mer Noire et les Balkans, en contournant l'Ukraine.

Il fait directement concurrence au projet européen Nabucco, un gazoduc qui doit acheminer à partir de 2013 du gaz de la mer Caspienne à l'Europe en transitant par la Turquie, pour réduire la dépendance européenne vis-à-vis du gaz russe.

Mais la Turquie n'a toujours pas donné son autorisation pour faire passer South Stream dans sa zone territoriale, alors que celle-ci devait être délivrée avant le 10 décembre dernier.

Selon le journal en ligne gazeta.ru, Ankara cherche à faire pression sur Moscou pour obtenir une ristourne sur le prix du gaz qui lui est livré.

M. Chmatko a souligné jeudi après-midi qu'il était exclu de renoncer au projet South Stream, soulignant que des accords avec plusieurs partenaires avaient été signés.

La Russie envisage "seulement une alternative à l'installation de la partie sous-marine du gazoduc", a-t-il déclaré, cité par Interfax, répétant que l'une d'elles était le transport de gaz liquéfié à partir de la péninsule de Iamal. Ce gaz serait vraisemblablement ensuite acheminé par bateau sur la mer Noire.

Selon l'analyste Mikhaïl Kroutikhine, du cabinet de consulting RusEnergy, cette idée est "insensée" d'un point de vue économique, soulignant que le prix du gaz liquéfié est très élevé.

Par ailleurs, "il n'y a pas de station de décompression du gaz sur la mer Noire, et les grands bateaux ne peuvent pas passer par le détroit du Bosphore", a-t-il déclaré à l'AFP.

"C'est tout simplement une tentative pour effrayer les Turcs. La Russie est dans une situation désespérée, dans la mesure où elle sera finalement obligée de passer par l'Ukraine", souligne-t-il.