Airbus, premier mis en examen dans l'enquête sur le crash du Rio-Paris

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Le constructeur aéronautique européen Airbus est devenu jeudi le premier mis en examen pour homicides involontaires dans l'enquête sur l'accident en juin 2009 du vol Rio-Paris, avant de probables poursuites vendredi contre Air France.

Le président d'Airbus, l'Allemand Thomas Enders, s'est rendu jeudi dans le bureau de la juge chargée de l'enquête, Sylvie Zimmerman, pour s'y faire signifier la mise en examen du groupe en tant que personne morale pour "homicides involontaires".

"Nous désapprouvons fermement cette décision que nous jugeons prématurée", a déclaré à des journalistes M. Enders à l'issue de la convocation chez la magistrate. "Nous continuerons néanmoins à coopérer à l'enquête et à la prochaine phase de recherche des boîtes noires", a-t-il assuré.

Aucune mise en examen n'avait encore été prononcée dans l'enquête, suspendue à l'éventuelle découverte des boîtes noires de l'Airbus A330 qui s'est abîmé le 1er juin 2009 dans l'océan Atlantique, au large du Brésil.

Mme Zimmerman a également convoqué vendredi Air France en vue de sa probable mise en examen pour le même chef d'"homicides involontaires".

Jusqu'à présent, seuls 3% de l'avion et une cinquantaine de corps ont été repêchés dans les jours qui ont suivi la catastrophe aérienne. Quelque 228 personnes, passagers et membres d'équipage, ont trouvé la mort dans cet accident.

"Nous ne savons pas sur quoi cette mise en cause d'Airbus est fondée, le juge ne nous a pas précisé les griefs qu'il y a contre Airbus, ce qui est regrettable", a pour sa part déclaré l'avocat d'Airbus, Me Simon Ndiaye.

"Cette mise en examen est hâtive car aujourd'hui à ma connaissance, elle n'est justifiée par aucun fait précis, je pense qu'il aurait été plus judicieux de continuer l'enquête, de collecter des éléments de réponse et puis en fonction de ce qui est découvert, de prendre une décision", a-t-il ajouté.

"C'est une nouvelle phase contradictoire qui s'ouvre avec cette mise en examen", a déclaré à l'AFP un des dirigeants de l'association de victimes Entraide et Solidarité AF447, Jean-Baptiste Audousset.

De nouvelles opérations de recherche en mer de l'épave de l'Airbus doivent être lancées dans les prochains jours sur une nouvelle zone de 10.000 km2. Il s'agira de la quatrième phase de recherche de l'appareil accidenté et de ses boîtes noires, qui pourrait s'étaler jusqu'en juillet, en trois étapes de 36 jours chacune.

En l'état des recherches et des données techniques recueillies, le Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA), chargé des investigations techniques, estime que la défaillance des sondes de vitesse Pitot est un des éléments expliquant l'accident, mais ne peut être à lui seul à l'origine de la catastrophe.

Les experts auraient notamment jugé "trop tardive et inefficace" la réaction d'Air France à de premières alertes sur la fiabilité des sondes Pitot, qui servent à mesurer la vitesse de l'avion.

Selon M. Audousset, les experts ont notamment pointé "la diffusion de procédures lourdes et inadaptées" concernant ces sondes Pitot.

L'Agence européenne de la sécurité aérienne (AESA) s'est dite elle aussi prête à témoigner dans cette affaire. Les parties civiles reprochent à l'agence de n'avoir pas tiré la sonnette d'alarme à propos des incidents de givrage rencontrés par les sondes Pitot durant d'autres vols avant la catastrophe et de vouloir faire jouer son immunité européenne.