La filière nucléaire va souffrir de la catastrophe au Japon

ECONOMIE Plusieurs projets sont déjà remis en cause...

Elsa Meyer

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La centrale de Tricastin à Pierrelatte le 28 septembre 2010
La centrale de Tricastin à Pierrelatte le 28 septembre 2010 — FAYOLLE PASCAL/SIPA

Alors que tous les regards sont tournés vers le Japon, la catastrophe plombe l’avenir de la filière nucléaire dans le monde. Depuis vendredi, le secteur a perdu 67 milliards de dollars de capitalisation boursière, selon l'indice Bloomberg du secteur. Et les deux géants français, EDF et Areva, ne sont pas épargnés.

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Projets de centrales gelés

Car beaucoup de spécialistes estiment que le mouvement de défiance vis-à-vis de l’atome civil va mettre à mal le développement des centrales nucléaires dans les années qui viennent.  Lors d'une visite à Oslo mardi, Nobuo Tanaka, le président de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), a ainsi exprimé ses craintes sur le sujet.

En Allemagne, Angela Merkel a annoncé lundi un moratoire sur l'allongement de la durée de vie des réacteurs atomiques. La Suisse et la Chine ont aussi annoncé avoir gelé leurs projets de renouvellement de centrales nucléaires. L’Afrique du Sud y réfléchit également.

Même impact que Tchernobyl

«Il y avait eu un net ralentissement des constructions après [les catastrophes de] Three Mile Island et de Tchernobyl. Je pense que l’on va vivre la même situation après les événements au Japon. L’impact devrait être comparable pour l’image du nucléaire, et ce d’autant plus que la catastrophe actuelle touche les infrastructures de la troisième économie mondiale qui étaient jugées très sûres, alors que la centrale de Tchernobyl était connue pour sa vétusté», explique à 20minutes.fr Olivier Kern, analyste spécialiste des énergies renouvelables à la Financière de Champlain.

Après la catastrophe de Tchernobyl, une grande partie des programmes de développement avait été abandonnée pendant plus de quinze ans.

L’EPR favorisé?

L’industrie nucléaire, qui produit 14% de la production mondiale d’électricité, ne devrait pas pour autant être abandonnée du jour au lendemain. «Je ne pense pas que l'Angleterre, la France ou la Chine change leur politique en la matière», estime ainsi Bertrand Lecourt de Deutsche Bank.

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Et de manière paradoxale, certains secteurs de la filière pourraient tirer leur épingle du jeu. «Si de nouvelles normes sont appliquées il faudra faire des travaux sur des centrales et les entreprises spécialisées vont en profiter», analyse Olivier Ken.

Le réacteur de troisième génération EPR d’Areva pourrait aussi être privilégié. Le groupe a aujourd’hui beaucoup de mal à l’exporter à l’étranger car il est jugé très cher. Mais aussi beaucoup plus solide, ce qui pourrait devenir un argument commercial.

«S'il y avait des EPR à Fukushima, on n'aurait pas de fuite dans l'environnement, on n'aurait pas de fuite possible dans l'environnement», a ainsi déclaré mercredi la présidente d’Areva,  Anne Lauvergeon.