L'Oréal: Lindsay Owen-Jones passe la main à Jean-Paul Agon

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L'emblématique président de L'Oréal Lindsay Owen-Jones, symbole de la success story du groupe depuis plus de 20 ans, va officiellement passer la main jeudi à son dauphin, l'actuel directeur général Jean-Paul Agon, marquant la fin d'une époque pour le champion des cosmétiques.

«Je suis content, bien entendu. Mais il n'y aura pas de grande cérémonie», assurait simplement ce week-end dans le Journal du Dimanche Jean-Paul Agon, qui deviendra jeudi le 5e PDG de l'histoire du numéro un mondial des cosmétiques.

Passation de pouvoirs

Cette passation de pouvoirs, annoncée en février par le groupe au moment de la publication de ses résultats 2010, n'est qu'une demi-surprise: si le mandat de président du conseil d'administration de Lindsay Owen-Jones avait été renouvelé en avril 2010 théoriquement pour quatre ans, «OJ» avait plusieurs fois répété son désir de passer la main avant ses 65 ans.

Et Lindsay Owen-Jones, PDG du groupe de 1988 à 2006 --quand Jean-Paul Agon lui succède comme directeur général-- aura 65 ans précisément jeudi.

«C'est très typique de L'Oréal, ces transitions en douceur», soulignait au moment de l'annonce de ce passage de témoin Béatrice Collin, professeur à l'ESCP Europe et coauteur d'un livre intitulé «Le modèle L'Oréal».

Ballotté par la crise en 2009, L'Oréal a traîné comme un boulet tout au long de 2010 l'affaire Bettencourt, qui a vu l'héritière et première actionnaire du groupe Liliane Bettencourt et sa fille Françoise se déchirer pendant des mois.

Mais début 2011, la donne a changé du tout au tout, facilitant la transition: L'Oréal a publié des résultats en nette hausse, tournant la page de la crise, et le conflit familial entre les Bettencourt a pris fin.

Croissance

Succéder à Lindsay Owen-Jones, qui a incarné L'Oréal pendant plus de vingt ans, n'a toutefois rien d'une sinécure pour Jean-Paul Agon. Le Britannique, perfectionniste, bourreau de travail, mais aussi autoritaire et insatiable, était entré chez le géant français de la cosmétique en 1969.

Dans le milieu des affaires, il restera le patron capable de réaliser pendant plus de 20 années consécutives une croissance à deux chiffres du bénéfice net du groupe, numéro un mondial de la cosmétique. Lindsay Owen-Jones conservera un mandat d'administrateur et deviendra président d'honneur du groupe.

La fin du règne d'OJ restera toutefois ternie par la révélation, au détour de l'affaire Bettencourt, d'un don de 100 millions d'euros reçu de Liliane Bettencourt dont il était proche, et celle des contrats controversés passés entre L'Oréal et le photographe François-Marie Banier, autre proche de l'héritière du groupe.

Objectifs

Son successeur est comme lui, un pur produit de L'Oréal. Entré dans le groupe en 1978, à sa sortie de HEC, Jean-Paul Agon gravit petit à petit les échelons au sein du groupe basé à Clichy, dans la banlieue ouest parisienne.

Successivement représentant, directeur de la filiale grecque et de L'Oréal Paris, il devient directeur général de la zone Asie du groupe en 1997 puis PDG de la filiale américaine en 2001.

A charge pour lui maintenant d'atteindre le but qu'il s'est fixé pour le groupe: rentrer dans la «phase de l'universalisation», comme il le rappelait récemment lors d'une inédite --au moins dans l'histoire récente du groupe-- cérémonie de voeux à la presse.

L'objectif majeur a déjà été affiché et martelé à plusieurs reprises par le futur 5e PDG du groupe: gagner un milliard de nouveaux clients, en tablant en particulier sur le développement de la classe moyenne dans les pays émergents.