L'hébergeur français OVH voit l'avenir dans le "nuage" informatique

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La société française OVH (On vous héberge), fondée à Roubaix par un Franco-Polonais, est devenue en une décennie l'un des plus gros hébergeurs informatiques au monde: aujourd'hui, elle se diversifie dans les télécoms, l'accès à internet et le "cloud computing".

Avec 350 employés et un chiffre affaires d'un peu moins de 100 millions d'euros en 2010, OVH a été propulsé en décembre sur le devant de la scène quand il est apparu qu'il hébergeait WikiLeaks. Il se classe au premier rang européen et au cinquième rang mondial en nombre de serveurs.

Ses "datacenters" de Roubaix et Paris accueillent en effet 90.000 de ces ordinateurs puissants stockant les éléments et noms de domaines de sites internet ou encore les courriers électroniques des clients d'OVH, à 85% des petites et moyennes entreprises.

La société, dont l'énergie est le premier poste de dépenses, prévoit d'ouvrir prochainement un nouveau centre à Strasbourg et finalise la construction sur le site de Roubaix, où OVH siège dans d'anciens corps d'usines en tôle blanche ou brique rouge, une tour pouvant accueillir 35.000 serveurs supplémentaires.

Car le chantier "stratégique" d'OVH, c'est le "cloud computing", dans lequel il investit 10 millions d'euros pour augmenter ses capacités permettant ainsi aux grandes entreprises de stocker leurs données à distance.

"C'est un investissement majeur à notre échelle", souligne pour l'AFP son fondateur et directeur général, Octave Klaba.

"Aujourd'hui, personne n'a investi autant d'argent dans le "cloud computing" en France, ni même en Europe. Les entreprises qui se sont lancées ont fait beaucoup de marketing et de communication autour de leurs offres, mais à part chez Amazon, elles ne sont pas opérationnelles", selon lui.

"Nous n'avons jamais été dans l'esprit d'une start-up financière, nos projets sont sur le long terme", explique encore M. Klaba, qui détient avec sa famille la totalité du capital.

OVH construit ainsi lui-même ses ordinateurs à Roubaix - il est le 4e client français du fabricant américain de microprocesseurs Intel - et a inventé son propre système, à base de circulation d'eau, pour les refroidir. Ils sont logés par milliers dans des salles strictement surveillées jour et nuit.

L'hébergeur a déjà ouvert des filiales dans une dizaine de pays européens ainsi qu'en Tunisie et au Maroc, déployé son propre réseau de fibre optique dans une partie de l'Europe et veut s'installer d'ici un an aux Etats-Unis.

Il a commencé à se diversifier il y a deux ans, "en respectant notre ADN: la qualité et l'innovation à un prix abordable", selon M. Klaba.

A l'époque, OVH s'est mis à démarcher les TPE/PME pour leur proposer de la téléphonie fixe via internet à des prix cassés (abonnement d'un euro par mois, puis forfaits pour les appels vers les mobiles): 40.000 téléphones sont aujourd'hui installés, et OVH veut doper ses ventes grâce à un réseau de revendeurs.

Il se tourne aussi vers le grand public: alors qu'en France le marché de l'internet a été marqué par une forte hausse des tarifs après l'augmentation de la TVA sur les "box", OVH lance un tarif "internet seul" de 20 euros par mois en dégroupage, qui utilisera en partie son réseau en fibre optique.

"Aujourd'hui, c'est la surenchère entre les opérateurs pour savoir qui dépassera le triple play (téléphone, télévision et internet) à 40 euros par mois", plaisante M. Klaba: "nous offrons l'essentiel à 20 euros, à savoir une navigation vraiment fluide et rapide".

La commercialisation de cette box sera d'abord testée dans l'agglomération lilloise, son berceau historique, où OVH va lancer dans les semaines à venir une campagne publicitaire d'ampleur pour attirer des clients.

"Si ça marche, on ira dans les autres grandes villes, Paris, Lyon, Bordeaux, Marseille...", promet M. Klaba.