La grossesse, meilleure ennemie des salariées

EMPLOI Décider d'avoir un enfant peut s'avérer difficile pour la carrière des femmes...

Julie Rasplus

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Photo d'illustration pour la grossesse
Photo d'illustration pour la grossesse — CLOSON/ISOPIX/SIPA

«On vous paie la ligature des trompes». La blague circule dans un cabinet d'avocats d'affaires parisien. Des mots qui illustrent bien la réalité de la grossesse au travail et qui ne sont pas exclusivement réservés à ce corps de métier. 

Eurydice en a fait les frais. En avril 2010, cette journaliste de 25 ans a annoncé sa grossesse à son employeur «dans un souci d'honnêteté». Elle a vite déchanté. «J’étais enceinte de trois mois. Mon CDD se finissait fin mai. J'étais censée être prolongée en juin et pendant l'été. Cela a changé quand ils ont appris que j'étais enceinte». Après avoir «bataillé», la jeune femme finit par travailler jusque fin juillet. Mais elle est contrainte de prendre beaucoup plus tôt son congé maternité. 

«Délit de maternité» et placardisations 

Elle n'est pas la seule. Brigitte Grésy, auteur d’un rapport sur l’égalité professionnelle rendu en 2009, a compilé plusieurs témoignages de femmes dans son Petit traité contre le sexisme ordinaire*. Elle y dénonce ce qu'elle nomme le «délit de maternité». Soit le fait, pour un employeur, de considérer le congé maternité comme «quasiment une faute» professionnelle. Et les femmes comme «des agents à risque», qu’elles soient enceintes ou non. 

Les conséquences sont multiples: placardisations, refus de promotion, hésitations à l'embauche. Avoir un enfant correspond également à «deux ans de freinage de carrière et 11% de rémunération en moins» pour les femmes. Facilement prévisible, le congé maternité ne représente pourtant que «1,5% du temps de travail sur toute une vie». 

La situation révolte de plus en plus: 615 femmes ont saisi la Halde en 2010, contre 259 en 2009. Après s’être senties longtemps coupables, les salariées se disent enfin victimes d'injustice. 

*Petit traité contre le sexisme ordinaire par Brigitte Grésy, 2009, éditions Albin Michel. Plus d'informations sur l'ouvrage ici