Renault: De l'affaire d'espionnage industriel à l'escroquerie

INDUSTRIE 20minutes.fr revient sur les différents rebondissements...

Elsa Meyer

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Le dossier d'accusation de Renault semble de plus en plus mince.
Le dossier d'accusation de Renault semble de plus en plus mince. — POL EMILE / SIPA

Chez Renault, chaque semaine est riche en rebondissements. Entre complot chinois, guerre économique et pots-de-vin, l’affaire d’espionnage industriel fait grand bruit depuis trois mois.

Sauf que la procédure judiciaire s’oriente désormais vers la piste d'une escroquerie, a annoncé lundi le procureur de la République, Jean-Claude Marin. 20minutes.fr revient sur les différents rebondissements.

Comment l’affaire a-t-elle commencé?
Le 3 janvier, des informations parues dans la presse révèlent que trois cadres du groupe ont été mis à pied par la direction. Ils sont soupçonnés d’avoir divulgué des informations confidentielles sur les projets de voitures électriques du groupe.

L’affaire devient très politique quand Renault se dit «victime d’une filière organisée internationale». La Chine est directement visée. Le 13 janvier, Renault porte plainte contre X et l’enquête est confiée à la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI).

Quelles sont les preuves contre les trois cadres?
Selon des éléments publiés par la presse, deux des trois cadres mis en cause dans l'affaire d'espionnage chez Renault auraient des comptes en Suisse et au Liechtenstein, alimentés par une société chinoise.

Mais les salariés, licenciés pour faute lourde, démentent vivement ces accusations. Leurs avocats demandent à la direction de Renault de fournir les lettres anonymes, point de départ de son enquête interne.

Pourquoi les accusations de Renault sont remises en causes?
L’enquête interne menée par le comité de sécurité de Renault est tous les jours un peu plus floue. Ce dernier aurait obtenu les numéros des fameux comptes à l’étranger grâce à une mystérieuse «source», généreusement rémunérée.

Le Canard enchaîné révèle que c’est un «détective privé», salarié du groupe d’intelligence économique Geos, qui a servi d’intermédiaire entre l’informateur et le comité de sécurité et mené les investigations.

Problème, il se serait contenté de donner les informations par oral au comité de sécurité de Renault, sans aucune preuve écrite. La DCRI affirme ainsi ne disposer «d'aucun des éléments des investigations menées par des enquêteurs commandités par» le constructeur.

Et des informations parues dans la presse renforcent les suspicions sur l’affaire: deux des trois cadres n’auraient en fait jamais eu de compte à l’étranger.

Commet Renault a-t-il réagi?
Fin mars, le numéro deux de Renault, Patrick Pelata affirme lors d’un entretien à Matignon que Renault serait victime d’une manipulation et d’un règlement de compte en interne.

Les choses s’accélèrent depuis quelques heures. L’un des responsables du comité de sécurité de Renault,  Dominique Gevrey, a été mis en examen dimanche pour «escroquerie en bande organisée» et placé en détention. L’existence de la «source» est remises en cause.

Jean-Claude Marin a ainsi affirmé lundi que «les comptes bancaires imputés aux cadres de Renault n'existent pas». Une information qui a permis au procureur de la République d’écarter la thèse de l’espionnage industriel.  «Nous nous orientons vers une possible escroquerie aux renseignements», a-t-il poursuivi.

Renault a d'ores et déjà présenté ses excuses aux trois cadres licenciées. Mais le PDG du groupe, Carlos Ghosn, a indiqué lundi soir sur TF1 qu'aucun membre de la direction ne démissionnerait. Ils vont en revanche renconcer à leurs bonus et bénéfices sur stock-options.