Japon: La dette pourrait s'aggraver du fait du séisme

ÉCONOMIE 'important effort budgétaire qui sera nécessaire à la reconstruction risque d'alourdir la dette de l'archipel...

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La ville côtière de Kesen Numa, au nord-est du Japon, le 12 mars 2011, au lendemain du tsunami qui a ravagé la région.
La ville côtière de Kesen Numa, au nord-est du Japon, le 12 mars 2011, au lendemain du tsunami qui a ravagé la région. — KYODO/REUTERS

L'économie du Japon risque de souffrir du séisme destructeur car les industries du nord-est et du secteur énergétique vont peiner à redémarrer, et l'important effort budgétaire qui sera nécessaire à la reconstruction risque d'alourdir la dette de l'archipel.

Le tremblement de terre de magnitude 8,9 et le tsunami qui l'a suivi ont dévasté la côte Pacifique du Tohoku (nord-est), comptant au total pour 8% du Produit intérieur brut (PIB) de la troisième économie du monde. Nombre d'activités côtières ont été réduites à néant et les infrastructures ravagées par une vague de dix mètres de haut dans la métropole de Sendai.

La production électrique nationale en berne

La région du Kanto, plus au sud, qui comprend la mégapole de Tokyo et représente 40% du PIB, a été touchée aussi, de façon parfois spectaculaire comme à Iichihara (est de Tokyo), où une raffinerie de pétrole de la compagnie Cosmo Oil a partiellement brûlé. La plupart des infrastructures et bâtiments ont toutefois tenu le choc dans cette zone urbaine stratégique.

La filière nucléaire nippone, qui assure entre 25% et 30% de la production électrique nationale, connaît quant à elle la plus grave crise de son histoire depuis qu'une explosion s'est produite samedi dans l'enceinte du réacteur d'une centrale de la préfecture de Fukushima, déréglée par la violence du séisme. Au total, onze des cinquante réacteurs nucléaires du Japon, situés dans les zones les plus touchées, ont été arrêtés.

Le spectre de la récession

Nombre de firmes nippones ont en outre dû suspendre leurs opérations dans les zones touchées, comme les constructeurs automobiles Toyota, Nissan et Honda qui ont annoncé la suspension de l'ensemble de leur production au Japon. «Des fermetures temporaires de sites de production et de raffineries de pétrole, ainsi que l'arrêt de centrales électriques devraient avoir un impact sur la production du pays. Le PIB pourrait en conséquence baisser de nouveau légèrement au premier trimestre», a résumé Wolfgang Leim, économiste chez Commerzbank.

Dans cette hypothèse, le Japon retomberait en récession, son PIB ayant déjà légèrement reculé au quatrième trimestre 2010, après trois trimestres de croissance robuste. L'activité de l'ensemble du premier semestre «pourrait être notablement affaiblie», a ajouté Wolfgang Leim. Les travaux de reconstruction, qui seront sans doute massifs au vu de l'ampleur des destructions visibles au lendemain de la catastrophe, permettront néanmoins «de vite relancer la machine économique», souligne Wolfgang Leim.

La dette encore creusée

Les secteurs du BTP, de la sidérurgie et des télécommunications pourraient notamment être sollicités à plein pour remettre sur pied les infrastructures et réseaux mis à mal. Les autorités semblent de surcroît serrer les rangs pour assurer le soutien de l'Etat: prête à tout pour bloquer le budget du gouvernement de centre-gauche jusqu'à la veille du séisme, l'opposition conservatrice a promis son soutien aux mesures exceptionnelles du pouvoir.

Mais ce faisant, le monde politique japonais va encore creuser la dette déjà colossale du pays, estimée à 200% du PIB et qui a valu au Japon de voir sa note récemment abaissée par l'agence de notation financière Standard and Poor's. Le coût global de la catastrophe est encore impossible à évaluer, mais les dommages entraînés par le séisme de Kobe ont été estimés à 10.000 milliards de yens (environ 100 milliards de dollars à l'époque).

Occupant une position stratégique entre la métropole d'Osaka et l'ouest de la grande île de Honshu, ce port industriel avait été gravement endommagé par un puissant séisme en 1995, qui avait fait plus de 6.000 morts, perturbant la logistique de nombreuses firmes du pays dans les mois suivants.