Le géant du luxe LVMH s'offre la maison familiale Bulgari

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Le groupe LVMH de l'homme d'affaires Bernard Arnault s'est offert le joaillier italien Bulgari, une opération amicale destinée à se positionner en véritable concurrent des grands du secteur et à montrer qu'il peut s'entendre avec une famille sur fond de guerre avec Hermès.

Bulgari, maison fondée en 1884 et basée à Rome, a été créée par une famille d'orfèvres grecs émigrés en Italie. Elle est devenue l'un des grands noms du secteur.

Selon des sources concordantes, "beaucoup d'acteurs du luxe étaient intéressés par la griffe italienne" dont 46% de l'activité provient de la joaillerie et 20% de l'horlogerie. A commencer par le groupe suisse Richemont (Cartier, Van Cleef & Arpels ou Mont Blanc), et le français PPR (Boucheron, Gucci etc).

Cette acquisition, soulignent les analystes, permettra au géant mondial du luxe de doubler son chiffre d'affaires dans ce seul secteur en 2011, à plus de deux milliards d'euros contre moins d'un milliard en 2010.

La joaillerie-horlogerie représenterait alors 8,5% du total des activités de LVMH, contre un peu moins de 5% aujourd'hui.

"Avec Bulgari, nous faisons entrer dans LVMH l'une des plus belles marques" de l'horlogerie-joaillerie, a expliqué Bernard Arnault sur LCI.

"Nous allons pouvoir devenir un véritable challenger de Cartier", a indiqué pour sa part une source proche du dossier, évoquant une "opportunité rare et stratégique".

LVMH, qui détient déjà Chaumet, Fred et est à 50/50 avec le sud-africain De Beers dans ses boutiques, nourrit de fortes ambitions dans la joaillerie, après l'horlogerie (Tag Heuer, Hublot, etc).

François Arpels, de la banque d'affaires Bryan Garnier, juge que "LVMH n'avait pas pour l'instant de véritable marque ayant un rayonnement international" dans la joaillerie, qui est avec l'horlogerie un secteur du luxe où "les marges sont parmi les plus élevées".

Dans le même esprit, Louis Vuitton va ouvrir en novembre, place Vendôme à Paris, temple de la haute joaillerie, son premier atelier du genre, au-dessus d'un magasin où aucun sac à main ne sera vendu.

L'annonce de la reprise de Bulgari a été faite après accord des héritiers du fondateur Sotirio Bulgari, ce week-end, et le feu vert du conseil d'administration de LVMH.

L'opération tranche avec le précédent "coup" de Bernard Arnault, le rachat en catimini de 20% du capital du sellier Hermès, qui a provoqué la colère de la famille.

Le groupe LVMH déboursera au total 4,3 milliards d'euros pour s'offrir le joaillier, pour partie (1,9 milliard) en émettant des actions nouvelles qui seront souscrites par la famille Bulgari. Le solde (2,4 milliards) sera financé sur ses ressources propres et par recours à la dette.

Les actionnaires minoritaires se verront offrir 12,25 euros par action, soit 63% de plus que le cours de bourse de vendredi dernier (7,50 euros). Une prime "élevée", pour certains analystes, qui s'explique par l'intérêt pour la griffe.

L'actuel directeur exécutif de Bulgari, Francesco Trapani, entre au comité exécutif de LVMH, où il va diriger l'ensemble du pôle montres et joaillerie.

Bernard Arnault a estimé que cette transaction était "une association, plutôt qu'une transaction". Ce rapprochement est "le fruit d'un accord particulièrement profond entre les actionnaires fondateurs, la famille fondatrice, de Bulgari (...) et nous", a-t-il expliqué.

Comme un message à la famille Hermès qui, depuis l'arrivée surprise de LVMH dans son capital, le presse de se retirer et s'emploie à bâtir des murs de protection pour empêcher toute prise de contrôle.

La Bourse de Paris a salué l'opération lancée par LVMH dont le titre a terminé en hausse de 1,26% à 112,95 euros dans un marché en léger repli (-0,74%).